Vous avez dit... atypique ?

Je me demandais....

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Je me demandais....
Siryackle 11 juin 2020 à 12:38

Je me demandais ce qui avait changé pour vous de découvrir ou confirmer d'être HPI, HPE, Asperger... etc... (là n'est pas ma polémique d'être confirmé comme tel ou pas, mais plutôt des conséquences) et ce que ça impliquait pour vous en terme de prise de conscience personnelle, relationnel, parcours de vie..etc...
Je sais que cette question est assez vaste.
Je me pose juste la question de ce que ça implique pour tout à chacun. :)
Simplement je me questionne sur la/les modification(s) sur votre Vie, à tout point de vue..

A vos plumes. ;)

catiminile 11 juin 2020 à 15:17

@Siryack,
Pas grand chose pendant des décennies si ce n'est que je tentais comme je le pouvais de me fondre dans le décor pour ne pas me sentir rejetée.

Puis des drames aux conséquences multiples ont fait basculer ma vie et j'ai dû trouver seule les moyens de m'en sortir financièrement, sentimentalement, professionnellement et là, je me suis dit : "Maintenant l'HP entre en scène parce qu'il en va de ma survie". J'ai bossé la stratégie (en m'inspirant des conquêtes de Napoléon Bonaparte), le notariat, le droit des Affaires familiales (j'adore la jurisprudence), j'ai trouvé le job rêvé (alors que je n'avais jamais travaillé ou presque)....

Un cerveau qui tourne à plein régime 24 heures sur 24.

Je conservais cependant une attitude humble et résignée. Personne ne devait découvrir ma vraie personnalité qui aurait provoqué la méfiance. C'était jouissif (mais il fallait tout cela pour ne pas plonger) et étrangement, je n'avais de cesse de dépasser cette période troublée et retourner à ma petite vie sans vague. Lorsque cela fut enfin possible (15 ans quand même), j'ai quitté la scène pour une vie d'ermite et j'ai vraiment eu l'impression de me retrouver. L'opportunisme, la manipulation ce n'est pas dans mon caractère mais je sais aujourd'hui que quand je veux, je peux d'où une grande confiance en moi. Seule la maladie (ou la mort bien sûr) peuvent me vaincre.

En conclusion, disons qu'être HP est ma bouée de sauvetage dans les cas graves, sinon, cela ne me sert qu'à accumuler des connaissances que je garde généralement pour moi.

Canhelele 11 juin 2020 à 18:00

Je ne l'ai pas vraiment découvert, je l'accepte progressivement (avec des hauts et des bas).

Depuis toute petite, les enseignants ont dit que j'étais 'en avance' à mes parents. Malgré leurs doutes et leur insistance pour que je sois normale, j'ai sauté une classe... et puis j'ai suivi mon petit bonhomme de chemin, en essayant comme @catimini de me fondre le plus possible dans le décor, en caméléon, en trompe-l'oeil si bien que j'ai fini par sincèrement croire au fond de moi que je suis tout ce qu'il y a de plus banal (et donc ennuyeux). Je n'ai jamais été testée donc n'ayant aucune preuve de mon HP-itude, je pars du principe que je ne le suis pas (c'est plus facile à assumer, n'est-ce pas).

C'est le fait que mes enfants le soient qui me font me poser la question (ils ont été testés).
Enfin, à vous lire et à rencontrer certains d'entre vous chez qui je reconnais des traits très forts de ma mère, j'ai fini par me dire que ma mère l'était aussi (elle dont les parents n'ont cessé de lui asséner qu'elle était idiote). Mon père est brillant et, à 72 ans, continue de s'intéresser et réfléchir (à l'Histoire notamment, lui qui était plutôt scientifique/technique dans une carrière qu'il n'a pu mener que dans la limite des diplômes obtenus, à savoir le Brevet des Collèges).
En acceptant finalement cet état (ce qui n'est pas encore tout à fait le cas), je pourrais peut-être me dire que mes souffrances/difficultés dans la vie sont liées - en partie - à une certaine différence, celle-là en l'occurrence, et de là, mieux les vivre. Il y a encore un peu de travail...

Lounale 12 juin 2020 à 11:29

@Siryack ça m'a permis de m'affirmer, enfin de comprendre certaines choses sur ma façon de penser/vivre et d'accepter tout ça. C'est un peu bête mais depuis je ne culpabilise plus, je n'ai plus honte et je ne cache plus ce que je pense ou même ce qui m'intéresse.. c'est en ça que ça me permet de m'affirmer. Et puis, ça me permet de mieux appréhender les coups de moins bien.
Je n'en parle pas, à part si on me pose des questions, mais pour moi ça a quand même tout changer. C'est aussi dû au fait qu'avant les tests j'étais sous traitements très lourds, qui au final, s'avèrent être inutiles.. donc ça m'a permis de mieux me comprendre, d'anticiper certaines de mes réactions, de mieux gérer ma relation avec moi-même et donc ma relation avec les autres.

RoyJadele 13 juin 2020 à 09:51

De manière très, très simplifié, ça a transformé mes questions de "qu'est ce qui ne va pas, pourquoi je ne suis pas adapté ?" à "qu'est ce que je peux faire de bien avec, comment je peux m'améliorer ?" ; et bien que numériquement reste toujours autant de questions, qualitativement les nouvelles sont autrement plus passionnantes et moins nocives.
Le diagnostic asperger m'a aussi permis d'affirmer plus sereinement mes difficultés professionnelles et relationnelles, et de ne plus m'empêtrer dans des tentatives foireuses d'explications avec quelqu'un qui n'a pas ou peu de connaissance du domaine ("c'est un handicap, je t'invite à te renseigner", c'est autrement plus rapide, facile et surtout efficace).

Mais pour toute la partie qui ne me concerne que moi, où il n'y a aucune interaction nécessaire avec des gens qui ne me connaissent pas ou ne m'acceptent pas entièrement pour qui je suis (aka famille proche et amis), ça n'a eu aucun impact. Je suis toujours le même et je suis toujours globalement heureux !

Dariale 13 juin 2020 à 16:14

Bonjour @Siryack. Ton post me donne envie de partager un extrait du livre d'Elina Nobelen "L'art d'être normale. De la précocité à l'apéisme", où l'autrice raconte ce que lui a fait le fait de découvrir à l'âge adulte qu'elle était HP :

"Pendant longtemps j'ai cru que tout le monde fonctionnait comme moi. J'avais l'assurance de penser que ce que je ressentais était partagé par tous, sans distinction ; que mes intuitions étaient aussi celles des autres, que ma façon de vivre et de ressentir mes émotions vous étaient familières. Je pensais alors que vous dirigiez vos échanges avec les mêmes règles que celles que je m'applique à moi-même et auxquelles je m'astreins. Ces règles, il n'était pas utile de les nommer puisqu'elles faisaient partie des conventions, des normes sociales ; de fait, tout manquement à ces codes ne pouvait être que volontaire et réfléchi. Je mettais ces écarts sur le dos de votre incompréhension, votre volonté, votre sensibilité, votre intention. Cette façon de considérer qu'il n y a pas d'autre fonctionnement intellectuel que le mien nous a valu, à vous et moi, de multiples incompréhensions et quiproquos : que de temps perdu, que d'énergie gâchée, passée à résoudre ces gaucheries et maladresses !

Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que tout cela était faux, que la façon dont je m'étais construite et la compréhension que j'avais du monde social n'étaient en réalité basées que sur du flan !
Je me suis d'abord sentie en colère. Contre vous, contre les autres qui ne me comprenez pas ; colère du temps perdu, de la différence, de l'incompréhension. Colère de ne pas avoir été accompagnée dans ce cheminement. Colère de me sentir seule, isolée.
Et puis j'ai compris que cette colère était mal tournée, qu'elle était en fait diriger contre moi -même : pourquoi n'avais-je pas su, pas vu, pas compris plus tôt ? La colère s'est transformée en souffrance. Souffrance de la différence, de la prise de conscience de tout ce qui nous sépare, nous distingue, nous éloigne, (...) du chemin qu'il reste à parcourir (...). Et c'est ainsi que, progressivement, cette souffrance s'est muée en force, en volonté. En envie. L'envie de comprendre, de savoir : aujourd'hui je réalise que j'ai tout à recommencer, à comprendre. Déconstruire ces représentations que j'associais à des savoirs sans les interroger, pour reconstruire avec un oeil neuf (...) et me permette - peut-être- d'avoir des rapports apaisés avec vous et avec moi-même".

(L'art d'être normale, Elina Nobelen, Paris, Ed. Michalon, 2019.
NB : le livre pêche un peu à mon sens sur différents points, par contre, pour ma part, je me suis complétement reconnue dans ce passage qui est tout au début du livre.)

Voilà, peut-être que ça parlera à d'autres aussi :)
Bonne journée !


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