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- Comment trouver un équilibre entre deux fonctionnements très différents ?
Bonjour à tous,
J'aimerais recueillir les témoignages des APIE, car cela fait longtemps que j'essaie de comprendre une situation personnelle et je pense que les expériences vécues peuvent être plus utiles que de continuer à lire de la théorie.
J'ai une relation très importante (une amitié intime, même si la nature exacte du lien n'est pas importante) avec une personne avec qui je partage une connexion intellectuelle et émotionnelle très forte. Nous nous entendons toujours très bien lorsque nous sommes ensemble, nous adorons discuter pendant des heures, nous avons des goûts très compatibles et une grande curiosité pour le monde intérieur de l'autre. Nous nous considérons mutuellement comme notre meilleur ami et la première personne vers qui nous tourner lorsque les choses vont mal.
Pourtant, nous rencontrons une difficulté importante.
De mon côté, j'ai surtout besoin de prévisibilité : savoir approximativement quand nous allons nous voir, comprendre pourquoi un plan change, sentir une certaine continuité dans le lien. Je n'ai pas besoin de contrôler l'agenda de qui que ce soit, ni d'avoir un calendrier rempli ou des plans figés (au contraire, j'adore quand une simple après-midi finit par devenir un dîner puis une soirée improvisée). En revanche, j'ai besoin d'une certaine cohérence qui me permette de sentir que le lien est stable, d'autant plus que nous nous voyons très peu (en moyenne une fois tous les deux mois).
L'autre personne fonctionne presque à l'inverse. Elle improvise énormément, organise les projets très tard (un ou deux jours avant, au maximum), change facilement les plans. En réalité, elle est assez bordélique dans beaucoup d'aspects de sa vie et n'a pas besoin d'un contact régulier pour sentir qu'un lien est solide.
Au début, je pensais que cela traduisait simplement un manque d'intérêt ou d'affection. Avec le temps, les nombreuses preuves d'attachement qu'elle m'a données m'ont fait abandonner cette hypothèse. Nous avons simplement deux façons très différentes de fonctioner et gèrer le lien.
Évidemment, nous en parlons beaucoup sur ce sujet. Aucun de nous ne souhaite changer la personnalité de l'autre. Nous cherchons plutôt à construire un fonctionnement qui convienne aux deux.
C'est pourquoi j'aimerais vous poser quelques questions :
*Avez-vous déjà vécu une situation comparable ?
*Avez-vous réussi à trouver un équilibre entre une personne qui a besoin de prévisibilité et une personne très spontanée ?
*Quels petits changements ont réellement fait la différence ?
Je ne cherche pas des diagnostics sur l'autre personne (nous nous connaissons déjà très bien), ni à savoir qui a raison (car personne n'a tort). Ce qui m'intéresse, ce sont surtout les expériences concrètes de personnes qui ont réussi à faire fonctionner un lien très important malgré deux façons très différentes de fonctionner.
Merci beaucoup !
Hello,
C'est effectivement une problématique qui peut parler à beaucoup de monde ici.
Ce que je trouve très positif c'est qu'il y a un réel dialogue et un besoin de comprendre l'autre et de le respecter dans son fonctionnement et ses besoins.
Après il y a soi, il y a l'autre, il y a la relation (qui est quelque part une entité distincte). Il y a également votre environnement et vos "systèmes" (entourages personnels, familiaux, professionnels).
Moi j'ai envie de poser un distinguo qui me semble nécessaire pour toi, à ton niveau.
Il y aurait d'un côté visiblement une "peur" de l'abandon, de ne pas être aimé ou apprécié, que la relation soit en danger (peur relativisée visiblement paf des signaux de sa part).
Et d'un autre côté ce qui est effectivement un besoin chez toi (et que je crois qu'on est plusieurs à avoir ici, que des choses soient posées, fixes, et même "ritualisées").
Est-ce que je reformule correctement ?
L'idée pour moi serait de séparer cette "peur d'abandon" qui pourrait être amalgamée au "besoin de jalons", pour continuer à évoluer sur cette problématique dans le respect de qui tu es.
en passant::
le témoignage de quelqu'un(e) AuDHD (et attesté(e) comme tel(lle) ) pourrait sans doute t'apporter une forme d'éclairage sur la manière de composer avec ce type de divergences, puisqu'à des degrés divers, c'est en partie le type de problématique interne auquel il (elle) peut être amené(e) à devoir faire face au quotidien.
Vous êtes apparemment plutôt complémentaires 😄
Et en ce sens-là c'est déjà ce qui fait une forme d'équilibre, car pas d'entente dans un tel cas sans compromis (alternés, ou où chacun fait la 1/2 du chemin).
Bon ... c'est pas très concret. Mais à côté des endroits où ton message a envoyé ma réflexion, c'est très très très concret.
Pour ma part, cette différence de fonctionnement n'etait pas solutionnable.
Alors j ai réfléchi à la souffrance que ça me gênerait, questionner mon insécurité. Il n y avait pas forcément de causalité entre prévisibilité de l organisation/régularité et stablilité du lien. il apprécie mon côté stable, constante, robuste et moi, sa liberté, son indépendance, sa créativité. à chaque fois qu on se parle, c est qu il ne se l impose pas, je suis choisie, c est agréable.
Cette connexion intellectuelle et émotionnelle, les gages de qualité de relation reçus par ailleurs et probablement la conscience que c était un combat perdu d avance, même une avancée n aurait aucune garantie de pérennité, m'ont amenée à une approche stoïcienne. Il est incapable de faire autrement. Acceptons.
Peut être trouver quelques mots d alerte quand c est trop douloureux mais à condition de ne pas les dégainer au premier silence.
Merci beaucoup pour vos réponses, très pertinentes.
@Malkav_ATW Ton message met le doigt sur quelque chose d'important : distinguer la peur de l'abandon de mon besoin de repères. Pendant longtemps, ces deux choses étaient complètement mélangées dans ma tête. Aujourd'hui, je commence à voir la différence, même si le lien entre les deux est évident. Les souvenirs activent la peur, qui amplifie énormément ma souffrance en anticipant la fin du lien dès que je sens qu'il est en danger (comme c'est le cas lorsque la prévisibilité et la régularité du contact disparaissent). Mais même si je parviens à maîtriser cette peur, je pense que j'aurais quand même besoin d'un minimum de continuité et de cohérence dans la relation. C'est probablement une caractéristique de mon fonctionnement et de ma manière de comprendre les relations humaines.
@Roth Je trouve l'idée intéressante, mais je ne la vois pas exactement comme un cas polarisé. J'ai eu un bilan pour l'autisme qui n'a pas été concluant, mais la plupart des traits étaient présents. On a également toujours soupçonné un TDAH. L'autre personne n'a pas passé de bilan, mais nous remarquons aussi chez elle pas mal de traits, sans que ce soient forcément les mêmes que les miens ; ils sont plutôt complémentaires, comme tu l'as dit. Je ne cherche pas à lui coller une étiquette, mais c'est vrai que j'aimerais bien lire des témoignages de personnes qui vivent ce type de conflit intérieur entre besoin de liberté et besoin de structure. Peut-être que cela permettrait de mieux comprendre certains mécanismes.
@Cecicela J'aime beaucoup cette idée que, lorsqu'une personne nous contacte spontanément, c'est parce qu'elle nous choisit et non parce qu'elle s'y sent obligée. Je pense que c'est probablement très proche de sa manière de vivre notre relation. En revanche, je ne suis pas certain que nous soyons incapables d'évoluer. Depuis quelque temps, nous parlons énormément de nos fonctionnements respectifs et il y a déjà eu de petits changements des deux côtés. Par exemple, aujourd'hui, elle était très occupée et elle a eu la délicatesse de m'envoyer un message très rassurant pour m'expliquer la situation. Je ne cherche pas à changer sa personnalité, pas plus qu'elle ne cherche à changer la mienne. Ce que nous essayons de construire, c'est un système qui permette à nos deux fonctionnements de coexister sans que l'un ou l'autre souffre inutilement.
Et effectivement, le plus grand espoir est qu'il y a une volonté profonde de comprendre l'autre. Je pense que cela fait partie de la grande curiosité que nous avons pour le monde intérieur de l'autre. Moi-même, j'ai eu une relation de couple de quatorze ans avec une personne qui présentait certains traits similaires (la connexion, le profil APIE en général, et l'attachement évitant en particulier), mais ce dialogue et cette capacité de réparation n'étaient pas présents. Avec les documents que nous avons créés, dont le premier s'appelait précisément Le juste milieu, nous cherchons à nous comprendre et à faire chacun la moitié du chemin. Nous sommes tous les deux prêts à fournir des efforts, mais cela ne sert pas à grand-chose si nous ne comprenons pas le langage de l'autre. Et c'est précisément ce que je cherche avec ce post.
Et bien au vu de tout cela je pense qu'il faut juste continuer.
Il y a des choses que seul le temps apporte.
C'est un peu comme quand on plante une graine. On n'a pas le fruit tout de suite.
Quelque part de ton côté l'enjeu c'est l'acceptation des situations qui te semblent désagréables ou ne te conviennent pas.
En te disant juste que ce n'est pas la relation qui est en jeu. Que tu n'es pas le centre "de ce monde-là" et que dix mille raisons peuvent expliquer une absence (de message ou autre), avec statistiquement peu de chances que tu sois à l'origine de dix de ces dix mille raisons.
Faire ce pas de côté, dans ce que je décrivais comme l'être A, l'être B, et la relation A+B.
Et accepter n'est pas forcément simple.
D'où pour moi cette nécessité de séparer l'enjeu de l'angoisse, car c'est l'angoisse qui provoque l'inconfort et le besoin de sécurité.
En poésie comme pour le reste, tout commence par une absence.
Et donc, ce petit jeu de rapprochement. Un coup un évènement très cadré et prévu par toi à l'avance. Un coup un plan de dernière minute prévu par elle.
Et peut-être que le plan de dernière minute suivant sera le tien.
Et se laisser porter, comme porter à son tour.
Un peu comme des joueurs de musique qui apprennent à se mettre au diapason.
Le rythme de l'un n'est pas incompatible avec l'improvisation de l'autre. Et en impro il faut un rythme posé, carré, sûr, pour que le soliste puisse explorer sa liberté.
L'équilibre est toujours mouvant.
Vous n'êtes pas loin, d'après ce que j'ai compris, de trouver des arrangements qui vont faire que ça va allez mieux. En parler fera déjà murir des comportements adéquats.
Mais rien est figé. Une relation stable est pour moi un pieu fantasme. La recherche d'équilibre est permanente. Bâtir un terrain d'entente où les arrangements se prennent facilement apaise cette recherche d'équilibre.
Mais il me semble que cela ne doit pas être forcé... ...Pas bien !
C'est le côté peur de l'abandon déjà mentionné qui joue :
"j'ai besoin d'une certaine cohérence qui me permette de sentir que le lien est stable, d'autant plus que nous nous voyons très peu (en moyenne une fois tous les deux mois)."
Dans tout ce que tu décris, nous voyons une relation amicale puissante... comment peux-tu sentir un manque de cohérence et de stabilité ?
"(en moyenne une fois tous les deux mois)."
Comment faire plus stable ?
Il me semble qu'il y a chez toi un enchêtrement entre peur de l'abandon et confort/sécurité de l'agenda.
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