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Compte-joint ou comptes séparés ?

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Compte-joint ou comptes séparés ?
Fanny-146le 29 mars 2019 à 06:58

Pas d'inquiétude, je vais pas demander de conseils de placements bancaires à qui que ce soit !
En fait, j'ai lu hier soir, un partage sur la page FB d'Alexandra Raynaud, une définition de l'empathie qui ne semblait pas lui parler mais qu'elle partageait, j'imagine, pour voir les réactions de ses lecteurs, mais qui a fait "tilt" chez moi.

Depuis que je lis des choses sur le HP, que je suis "sûre" de l'être, je bloque toujours sur l'aspect hyper-empathique. Je ne me reconnais jamais dans la présentation de personnes qui pleurent si leurs amis pleurent, sont heureux si leurs amis sont heureux...
Alors, forcément, j'essaie de comprendre pourquoi il semble me "manquer" cette caractéristique pourtant si importante.
J'avais trouvé des bouts de réponses qui, pour être vrais, ne sont pas fondamentaux : d'une part, souvent, mon intuition perçoit des choses sur les émotions des gens qui m'entourent, mais je ne lui fais pas confiance, et si une personne ne donne pas des signes objectifs de tristesse (pleurs...), même si mon intuition me dit qu'elle l'est, je n'y crois pas. D'autre part, je crains d'avoir parfois une meilleure compréhension de certaines personnes proches qu'elles ne l'ont d'elles-mêmes. C'est rare, mais ça arrive. Et là aussi, il faut que j'arrive à me croire, et, surtout, à quoi bon partager ça avec la personne concernée, qui n'est pas forcément prête à entendre certaines choses.

Mais j'arrive au coeur de mon propos et de ma métaphore bancaire. J'ai l'impression d'avoir deux "comptes-émotions" séparés, très importants tous les deux, mais qui ne communiquent pas. Les dettes de l'un ne peuvent être épongées par les fonds disponibles sur l'autre. (derrière "dette", je mets la souffrance, derrière les "fonds disponibles", je mets les joies, les bonheurs...)
Mes dettes personnelles, elles me viennent de vécus personnels, d'expériences personnelles, et pour les solder, il me faut trouver des réponses à ces traumatismes-là. Et voir les gens auxquels je tiens heureux, ça crédite l'autre compte, le "compte-joint", mais pas mon compte personnel.

Un autre façon d'essayer de vous expliquer ma façon de réagir, pour savoir si d'autres parmi vous ont le même fonctionnement.
Si je souffre d'un mal de tête, et qu'un de mes amis aussi, la douleur de l'un ne se communique pas à l'autre. Comme mon ami est mon ami, je vais être sincèrement préoccupée par sa souffrance. Si je peux la faire cesser en lui donnant un médicament qui lui convient, je le ferai. S'il est allergique au cachet que j'ai à lui proposer, je le garderai pour moi. Si je n'ai rien qui puisse le guérir, j'essaierai de limiter le bruit autour de lui, de baisser la lumière, pour le soulager. Si par l'une de ces actions (que je ferai sans doute avant de chercher comment faire cesser mon mal de tête à moi), je peux agir sur son mal de tête, j'en serai sincèrement heureuse. Mais moi, j'aurai toujours mal à la tête !
En résumé, j'aime que mes proches (ou les créatures dont le sort me touchent, notamment les animaux) ne souffrent pas, et si je peux contribuer à cette absence de souffrance, voire mieux, je m'y investirai à fond. Mais ça n'aura pas d'influences sur mes souffrances à moi.

Tout ça a une autre conséquence : j'ai une collègue qui a des soucis importants. Je fais partie des quelques personnes à être dans le secret. Parfois, elle n'a pas envie d'en parler, et j'en prends acte. D'autres fois, elle a envie d'en parler et le fait, et c'est tant mieux. Enfin, parfois, elle a envie d'en parler, mais elle n'ose pas, parce qu'elle me dit "tu as déjà tes problèmes, je ne voulais pas en rajouter". Sauf que pour moi, ça "n'ajoute pas" à mes problèmes, ça joue sur une autre partie de mes sentiments, tout aussi sincère, mais déconnectée.

Voilà, j'attends de voir vos réactions !

Merlinle 29 mars 2019 à 08:18

Après avoir lu ces intéressantes réflexions, je suis tombé sur un article relatant une découverte récente : marcher 12 minutes en ayant des pensées positives sur les autres améliorerait instantanément notre humeur.

(la référence, en anglais)
https://www.sciencealert.com/want-to-improve-your-mood-the-way-is-easy-and-it-only-takes-12-minutes

Donc oui, séparation des comptes mais communiquants : la compassion pour les malheurs d'autrui, ça devrait pouvoir au contraire nous amener du positif, non ? Comme le dit l'un des auteurs de l'étude :

"Walking around and offering kindness to others in the world reduces anxiety and increases happiness and feelings of social connection"
(traduction à la volée : "se balader et offrir de la gentillesse aux autres dans le monde réduit l'anxiété et accroît le bonheur et les sentiments de lien social")

Fanny-146le 29 mars 2019 à 08:37

Je n'arrive pas à savoir, même après lecture de l'article entier, si finalement, tu partages mon point de vue ou pas.
Je ne comprends et partage que l'idée que pendant qu'on s'occupe / se préoccupe des autres, on pense moins à ses propres soucis. Mais il arrive toujours un moment où on se retrouve face à soi-même, et là, je peux avoir donné tout le bonheur possible aux gens autour de moi, ça n'a rien réglé de mes souffrances intimes. Ça ne les a pas aggravées non plus, d'ailleurs.

Après avoir écrit mon pavé, j'ai cherché à nouveau une définition de l'empathie, et je me demande si le concept n'est pas devenu tellement à la mode que le sens en a été faussé. J'avais trouvé un article distinguant empathie de sympathie et de compassion. Et le sens du mot empathie, tel que je l'entends utilisé autour de moi est bien plus proche de la compassion.
Dans la définition que j'ai lue, l'empathie implique la compréhension de la souffrance de l'autre, mais aussi une conscience de l'altérité, justement. Être triste parce que l'autre est triste, heureux parce qu'il est heureux, ça recouvrait davantage ce que l'auteur mettait derrière la compassion : je ressens ta souffrance comme mienne, et je veux la faire cesser pour que nos deux souffrances cessent. Et au milieu de ca, l'auteur mettait la sympathie, définie comme le fait de faire des parallèles entre la souffrance d'autrui et la sienne propre, en sachant les distinguer.

Merlinle 29 mars 2019 à 08:48

Je pense que la compassion et "l'empathie" amènent du bonheur. Et cela ne veut pas dire faire cesser nos propres souffrances, mais peut-être les alléger pendant un moment, nous amener une sorte de satisfaction intérieure, de l'énergie positive qui nous permet de tenir si on se trouve dans une mauvaise période.

Alors bien sûr, l'empathie, on y met tout et n'importe quoi. Ca peut simplement vouloir dire qu'on imagine ce que la personne ressent, et qu'on lui offre notre sympathie en retour. Mais les vrais empathes, ceux qui se "connectent" aux émotions des autres, qui y sont sensibles comme on peut l'être aux odeurs de la nature, ils "captent" une partie de l'émotion brute émise par les autres.

Pour moi, l'empathie, c'est effectivement pouvoir ressentir ce que ressent l'autre, mais avec le détachement qui permet de faire ce que la personne "source" de la souffrance ne peut pas : s'en détacher, l'apaiser. Ca demande de l'entraînement et ce n'est pas facile pour les empathes. En retour, ça permet aussi d'apporter à la personne qui souffre une compassion qui est d'autant plus forte qu'on a pu ressentir au moins une partie de sa souffrance. Je ne crois pas que ce soit un remède miracle, mais c'est une manière de tenter d'apporter un peu de bonnes vibrations autour de soi. Quand on en a la force et l'envie.

Fanny-146le 29 mars 2019 à 12:32

Merci pour tes précisions, qui sont sources de réflexion.

Je te rejoins tout à fait sur le début, je remplacerais juste "alléger les souffrances pendant un moment" par "en détourner notre attention". Mais sur le côté énergie, je suis d'accord.

Je dirais que le "flou" qui persiste autour des différents mots, qu'on emploie un peu comme synonymes (ce qui n'est pas totalement illogique pour compassion et sympathie d'un point de vue étymologique, mais si c'était des synonymes parfaits, un seul aurait suffi et perduré dans la langue), entretient des maladresses et des souffrances dans les relations humaines.

L'empathie a été érigée ces dernières années comme une sorte de vertu, remède-miracle à notre société malade d'individualisme. Mais le détachement nécessaire, combien de personnes l'ont ? Pour moi, comme dans la définition dont je parlais plus haut et qui fait vraiment sens pour moi, l'empathie est détachée de tout affect. Mais on n'est jamais dans l'empathie à 100%, sauf à être dans un cadre professionnel et encore (quel soignant, par exemple, va être capable d'être juste dans la compréhension technique du mal et ne rien ressentir à titre personnel ?)

Chacune de nos réactions est une combinaison des 3 choses, mais, si on n'en a pas conscience, l'une peut prendre le pas sur l'autre, et, à mon sens, un excès de compassion est dangereux autant pour celui qui donne que pour celui qui reçoit. Il m'est déjà arrivé un paquet de fois de me sentir plus mal après avoir reçu ce que les gens appelaient empathie, qui était davantage de la compassion, puisque je me retrouvais avec ma souffrance intacte, et la leur en plus (en partie causée-ravivée par ma propre souffrance)


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