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Et si on écrivait - Acte IV

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Et si on écrivait - Acte IV
Fanny-146le 13 février 2019 à 08:16

Salut à tous !

Un nouveau petit jeu ! On a testé le "logorallye", qui consiste à écrire à partir d'une liste de mots. Je vous propose aujourd'hui le principe de l'Alpha-Oméga : on propose deux phrases, tirées de bouquins, la première devra être la première phrase de votre texte, la seconde sera forcément la conclusion. Pas de modification (genre, temps...), pas d'ajouts, même juste d'un mot !
Voilà pour le principe, qui peut être réutilisé à l'infini, puisque n'importe quelle phrase de n'importe quel livre peut servir à jouer !

Je vous propose deux phrases pour démarrer. La première est vraiment la première phrase d'un bouquin (la plus belle histoire d'amour dans l'infime partie de la littérature que j'ai lue). La seconde, je l'ai piochée au beau milieu d'un bouquin qui n'a strictement rien à voir, mais c'est bien le décalage qui est amusant et intéressant ! Hâte de voir ce que vous allez faire de tout ça, et j'espère trouver enfin le courage de jouer aussi (je pense que le talent de certains ici m'intimide...)

Première phrase : "La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide". (Aragon, Aurélien)

Dernière phrase : "Les clandestins dépècent les momies pour les vendre à des maroquiniers travaillant pour une clientèle très spéciale". (Serge Brussolo, La Mélancolie des Sirènes par trente mètres de fond)

Amusez-vous bien !

Zebra3le 13 février 2019 à 08:26

Hum. Ça me donne envie. J'ai déjà visualisé la scène....
Super jeu ça. Y-a-t-il un nombre de signes minimum à respecter ?

Fanny-146le 13 février 2019 à 08:28

Non, pas trop de contraintes, c'est pas le but du jeu ;) Juste s'amuser !

Zebra3le 13 février 2019 à 08:39

Cool. Merci Fanny. Je file au bureau et je m'y mets 😂

Merlinle 13 février 2019 à 09:06

C'est un peu long peut-être, sorry...


La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. La seconde fois, il la trouva bête à manger du foin. La troisième fois, il se demanda pourquoi il avait accepté de boire un café avec elle, et la quatrième fois, il ne comprit pas pourquoi il avait cette soudaine envie de tout plaquer pour elle.
Samantha n'était pas née de la dernière pluie. Directrice d'une société d'importation de produits traditionnels en provenance de tout ce qu'il restait de cultures les moins contaminées par la civilisation technologique, elle cumulait ce poste avec celui de présidente du conseil d'administration d'un fonds de pension et d'enseignante à temps partiel dans une école de commerce réputée. Mais ce n'était pas ses seules activités. Samantha était aussi une sorcière.

Lorsqu'Aurélien lui annonça son intention de la quitter pour Bérénice, elle flaira l'entourloupe. Après tout, les sorcières s'étaient livrées à de tels exercices depuis la nuit des temps, jouant de charmes et de sorts pour s'emparer des positions convoitées et des mâles inconscients capables de les y aider... ou simplement de les satisfaire émotionnellement et sexuellement. Samantha engagea donc une agence de détectives assez particulière, capable de pister sa rivale en sorcellerie.
Les agents chargés de la mission ne revinrent jamais. On découvrit leurs corps quelques mois plus tard, rendus par la marée près de l'île d'Oléron, à quelques centaines de kilomètres de là.

Une seconde vague de détectives, bardés des puissantes protections occultes fournies par le Cercle auquel appartenait Samantha, se lança à son tour à la recherche de la fameuse Bérénice. On n'en retrouva qu'une paire de chaussures dépareillée.

A ce stade, l'inquiétude de Samantha était partagée par tout son cercle de sorcières. Qui pouvait avoir une telle puissance et ne pas être répertoriée, ou au moins identifiée ? L'organisation mondiale des sorcières devait être prévenue.
La réponse de l'OMS fut rapide et décisive : elle envoya sa meilleure agente, Jane Pond, qui avait dénoué des crises magiques depuis plus de vingt ans.
Elle disparut sans laisser de traces.

L'affaire devint une crise mondiale. Même le monde des hommes fut mis à contribution au travers d'avis de recherches et autres instructions aux forces armées. Rien n'y fit, Bérénice était introuvable.

Samantha eut alors une idée de génie. Elle convoqua une Fouine.
La fouine est un animal d'apparence exquise, mais aussi l'un des chasseurs les plus vicieux de la création. Celle-ci ne dérogeait pas à son espèce. Instruite par Samantha, la bestiole était capable de suivre Aurélien dans n'importe quel endroit de ce monde... et même des autres, grâce à un collier de déplacement aimablement fourni par l'OMS.

L'odeur dégagée par la Fouine alerta les sorcières quelques jours plus tard. L'animal venait ainsi de signaler qu'elle avait mené sa mission à bien. Aurélien avait été repéré non loin de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, dans un camp de réfugiés bien décidés à faire le mur pour entrer dans le pays de leurs rêves.

Bérénice n'était pas seule. Un groupe de femmes l'entourait, et elles tentèrent le tout pour le tout en utilisant un vieux sort oublié tiré du livre de Thoth. Dans les journaux du lendemain, la presse locale et Twitter évoquèrent pêle-mêle un accident d'usine chimique, un acte terroriste et une tentative d'invasion des Etats-Unis par une horde de va-nu-pieds étrangers.

Samantha se frotta les mains. Non seulement elle avait récupéré Aurélien, mais grâce à cette affaire, l'OMS avait enfin neutralisé la dernière cellule de résistance féminine, les seules femmes non-sorcières à ne pas se trouver sous leur domination. Pas très malines, au physique ordinaire (normal, elles n'utilisaient pas de Glamours pour se rendre irrésistibles), ces femmes avaient pourtant appris à se servir de nombreuses connaissances accumulées par leur espèce au fil des millénaires. Et cette fois, c'était terminé. Leurs corps momifiés gisaient au fond d'un ravin, non loin du Rio Grande.

Les clandestins dépecèrent les momies pour les vendre à des maroquiniers travaillant pour une clientèle très spéciale.

patrickle 13 février 2019 à 22:17

La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Encore plus laide que d'habitude, encore plus laide que les précédentes. Aurélien supportait de moins en moins de voir ces corps de jeune gens rendus difformes par les transformations génético-chimiques. Bérénice avait, comme les autres personne-pilotes une tête tellement hypertrophiée, qu'on avait dû fixer des tiges métalliques plantées dans le bas de son crâne d'un côté et dans ses clavicules de l'autre, pour que sa tête puisse rester droite. Une monstrueuse excroissance flasque de son cerveau remplaçait son oeil droit et une partie de son nez. Sa mâchoire et ses dents étaient complément tordue avec des dents qui traversaient la peau. Sur son petit corps malingre étaient fixées divers machines pour la nourrir et l'oxygéner car un tel cerveau demandait beaucoup d'énergie, que son corps inefficace ne pouvait lui apporter. Aurélien regarda la fiche technique de Bérénice. Elle avait onze ans. Elle l'avait donc l'âge pour être connectée à un vaisseau et le piloter. Depuis la découverte de la théorie de l'inter-universalité gravitationnelle, qui remplaçait la théorie de la relativité générale, les voyages intergalactiques étaient devenus possibles. Seulement les ordinateurs, malgré qu'ils fussent encore et toujours plus puissants, ne pouvaient réaliser les calculs nécessaires pour ces vols car ceux-ci, d'une complexité non-mathématique devaient faire appel à l'intelligence émotionnelle. On avait donc mis en place un programme pour développer des femmes et des hommes aux cerveaux surdéveloppés et on avait ainsi fini par créer ces monstres. On leur attribuait toutefois un prénom, pour garder un semblant d'humanité. Aurélien signa le bon de réception et fit signe à ses hommes d'embarquer Bérénice. A l'aide d'une petite télécommande, ils actionnèrent la chaise roulante démesurée transportant le corps difforme. Aurélien anticipait déjà les cris de douleurs insoutenables de la jeune fille lorsqu'elle serait connectée au vaisseau. Il savait que cette douleur serait continue pendant la dizaine d'année où elle vivrait, son cerveau recevant et générant à chaque seconde des milliards d'influx nerveux nécessaire au contrôle des trajectoires. Puisque tout le monde acceptait cela au nom du progrès collectif, il pouvait bien faire pareil. Aurélien actionna par la pensée son système d'appel pour contacter son second. Il le prévint que la personne-pilote allait arriver et qu'il le chargeait de la connecter au vaisseau. Il annonçait cela comme s'il s'agissait d'une routine mais il se réjouissait intérieurement de pouvoir y échapper. Il en profita pour vérifier avec lui l'avancement du chargement. Les cinq cent mille jambes et les trois cent mille coeurs étaient arrimées et leur système d'alimentation sanguine reliée au vaisseau. Pour l'instant, ils étaient occupés à enchainer dans les soutes les vingt mille esclaves nains. Après ils ne leur resteraient plus qu'à attendre le convoi hautement sécurisé amenant les deux cents hectolitres de dopamine naturel et le chargement serait terminé. Son second lui assura que le vaisseau serait prêt à partir le lendemain matin à l'heure prévue. Aurélien le remercia et lui annonça qu'il le rejoindrait une heure avant le décollage. Toujours d'une pensée, il déconnecta définitivement son transmetteur et enclencha le réveil l'heure pour le lendemain. Maintenant Aurélien allait boire, boire toute la nuit pour oublier l'étrangeté du monde actuel, pour ne pas penser aux horreurs des planètes qu'il allait visiter, pour supporter le malaise profond que l'on ressentait pendant les voyages inter-universelles et les cris de Bérénice qui raisonnerait dans tout le vaisseau. Surtout, il allait boire parce que c'était la chose qu'il faisait le mieux.
Accoudé au comptoir de son vieux bouge favori, le dernier où on produisait et vendait un alcool naturel obtenu à partir de distillation de grain fermenté, Aurélien vidait son énième verre. Il savait que bientôt ce breuvage ferait effet et il s'effondrerait sur le bar. Dans un sommeil sans rêve, dans un oubli sans pensée. Le patron demanderait alors à quelques un de ses clients de le transporter sur une banquette du fond et lui mettrait affectueusement une couverture sur le corps et un seau près de sa tête. Aurélien avait commencé à boire ainsi dès la fin de son premier vol, toujours fidèle à ce bar minable où les putes aux couleurs étranges et aux membres multipliés n'essayaient même plus de l'aguicher, sachant la chose vaine. Aurélien connaissait parfaitement ses beuveries à tel point qu'il pouvait à chaque fois déterminer la dernière chose dont il se souviendrait le lendemain. Cette fois-ci, ce sera la phrase défilant au bas de l'écran de télévision, diffusant en permanence une chaine d'informamusement : « Les clandestins dépècent les momies pour les vendre à des maroquiniers travaillant pour une clientèle très spéciale ».

Merlinle 14 février 2019 à 10:02

Super histoire, Patrick !!!
La prochaine fois, pourrais-tu essayer de mettre des paragraphes un peu plus séparés, histoire de nous faciliter la lecture ? :)

LibertEchEriele 19 février 2019 à 12:19

Bon, exercice très difficile, pas très contente de moi mais bon, on s'amuse.
La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Et elle l'était. Pétrie de peur et de colère, au poste de police ce matin-là, elle s'échinait à expliquer à la dame de l'accueil, lui hurlant son désarroi en pleine face, sanglots et morve à l'appui, que non, elle ne pouvait plus attendre, que ses nerfs allaient bien finir par lâcher et qu'après le cambriolage dont elle avait été victime cette nuit-là, elle pensait qu'elle aurait trouvé plus de soutien.
Aurélien, bien que touché par la détresse de cette femme en vieux survêt et tong, rubiconde, échevelée, les yeux comme les deux gros points mis sur de drôles de i formés par les rigoles de rimmel sur les joues, songeait qu'il avait rarement vu une telle furie.
Quand elle se tourna vers lui, il devait avoir son air narquois, dévolu aux situations d'inconfort. Elle lui décocha une grimace qui acheva de la rendre horripilante.
Lui qui était venu pour régler ses contraventions du semestre, à cet instant, il décida que cela pouvait bien attendre encore un peu et quitta le commissariat.

Trois semaines plus tard, alors qu'il fouillait ses poches, cherchant ses clés pour rentrer chez lui, il fut charmé par la douceur d'une voix et par la bienveillance de ses propos rassurants : « Ne vous inquiétez pas Suzanne, s'il le faut nous ferons toutes les pharmacies de la ville mais vous l'aurez votre médicament, tout va bien se passer. » Il se retourna, il devait afficher son air béat, limite bébête, distinctif dans les situations de chavirement mental. Plaisir, chaleur intense, ravissement confinant à l'éblouissement, au même instant qu'il se délectait de la générosité de la personne s'adressant à une vieille dame en fauteuil roulant, il reconnut la furie, calmée. Et son coeur embrassa l'extase de l'instant où la vie décide de vous.
Il lui rappela qui il était, s'enquit de l'urgence de la situation, proposa son aide, les accompagna dans leur quête officinale, et ne manqua point de demander à Bérénice son 06.
Ils se rejoignirent le soir même, lorsque Suzanne fut médicamentée, nourrie et couchée. Et ce jour printanier de février marqua le point de départ de leur histoire d'amour.

Il était grossiste en maroquinerie, elle était aide à domicile. Il gagnait confortablement sa vie, elle jouissait simplement de la rente morale de nombreuses années de galère, s'attachant avant tout au seul bonheur d'aimer encore la vie.

Ils se sont aimés, en osmose, pendant cinq mois.

En plein mois de juillet, il lui proposa un genre de voyage de noces sans noces, en Egypte. A vrai dire, il devait s'y rendre pour le boulot, c'était l'occasion. Elle le trouvait stressé dernièrement. Elle se dit que de l'accompagner lui permettrait de se détendre. Et puis, les pyramides, les pharaons, elle n'avait même jamais osé imaginer qu'elle pourrait vivre ça un jour..

Pendant les 4h30 de vol, elle songea à cette rencontre, venue se poser sur sa route, comme le point d'orgue de cette chance qui ne la quittait désormais plus. « Comme la vie est douce » se susurrait-elle en elle-même, jusqu'à s'endormir.

Atterrissage, réveil, aéroport, Le Caire, friandise, boutique, journal, gros titre, nausée : « LES CLANDESTINS DEPECENT LES MOMIES POUR LES VENDRE A DES MAROQUINIERS TRAVAILLANT POUR UNE CLIENTELE TRES SPECIALE »

LibertEchEriele 19 février 2019 à 12:33

Comme ça j'ai enfin pu lire vos textes les gars, félicitations! Je me sens vraiment nulle en intrigues.. On sent les lecteurs férus de SF, mais vous avez du talent 🙂 J'aime trop ces jeux d'écriture!

LibertEchEriele 19 février 2019 à 13:42

Et puis, si ça vous dit, j'en relance un. Mais moi je ne m'y mettrai pas tout de suite. 1ère phrase, la 1ère phrase du 1er bouquin que j'ai pris dans la bibliothèque, "des petits coins de paradis" de Jacques Weber. Cette phrase est donc:"Réchappée d'un péplum allemand, vestige de la pompe républicaine, la porte était énorme, lourde et laide, comme s'il fallait à tout prix marquer, fermer un territoire interdit estampillé solennel...". La dernière phrase serait une prise au hasard au beau milieu du 2ème bouquin pris au hasard lui aussi, "la faim du tigre" de Barjavel. Cette phrase est:"Malheureusement, ils l'ont perdue en chemin." Si vous n'avez rien de mieux à faire...

LibertEchEriele 19 février 2019 à 13:53

En même temps, on pourrait prendre la dernière phrase du 2ème livre, ça serait peut-être plus???... Dites-moi ce que vous en pensez, la dernière phrase de "la faim du tigre" est:"L'homme se trouve devant deux destins possibles: périr dans son berceau, de sa propre main, de son propre génie, de sa propre stupidité, ou s'élancer, pour l'éternité du temps, vers l'infini". Ché pas pour vous, mais moi la dernière elle me paraît bien appropriée à ce site...

LibertEchEriele 19 février 2019 à 13:57

Et, bien qu'un peu plus fermée, beaucoup plus ouverte... 🙂

LibertEchEriele 05 mars 2019 à 18:51

Bon, manque d'intérêt pour ma dernière "production", je comprends tout à fait. BON, manque d'intérêt pour ma dernière proposition, soit! Mais alors, quelqu'un aurait-il une idée de ptit jeu d'écriture? Juste histoire de pas ressortir les sudoku quoi 🙂


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