Travail et vie professionnelle

Les travaux acrobatiques, kézaco ?

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Les travaux acrobatiques, kézaco ?
Laurent...le 21 novembre 2020 à 20:27

Bonjour à tous, une envie de vous présenter mon activité principale parfois méconnue. Une envie de vous faire partager ce qui me fait vibrer dans ce métier, envie de vous vendre du rêve, mon rêve. Une envie de vous dire que nos métiers doivent avant tout nous épanouir, et à ceux qui n'ont pas encore trouvé, qu'il n'est jamais trop tard, qu'il existe miriades de métiers méconnus ou sur lesquels nous avons de faux à prioris.

Une rapide présentation vidéo pour vous présenter une petite parite des diverses branches de ce métier. Ce montage remonte un peu dans le temps, c'était la Nouvelle Zélande où j'ai eu la chance d'y vivre une année :

voir la vidéo

Pour débuter, je vais reprendre la définition wikipédia qui je trouve est très bien :
"Cordiste ou travailleur d'accès difficile sont des appellations françaises pour designer un travailleur qualifié qui utilise des cordes pour réaliser des travaux en hauteur, d'accès difficile et sans utiliser d'échafaudage ni d'autre moyen d'élévation (type nacelle).

En France, les cordistes ne bénéficient pas de conventions collectives et s'exposent à des conditions de travail dangereuses (risque de chute + risques inhérents à la tâche à réaliser et au milieu de déroulement de l'opération). La pénibilité du métier de cordiste et leur exposition à des risques particulièrement identifiés ne sont pas reconnues en France : Les cordistes n'ont pas de prime de risques."

Et oui, au même titre que les pompiers et autres, les cordistes ne bénéficient pas de prime de risque. La raison ? Tous les moyens doivent être mis en oeuvre pour éléminer tous les risques, donc si tous est bien fait, il n'y a pas de risques...plus facile à dire qu'à faire ! Savez vous qu'un individu inconscient suspendu dans un baudrier à une espérance de vie de 5 à 10 min ? (lésions irréversibles à partir de 5 min environs). La position de la tête lachée en arrière empêche la bonne irrigation du cerveau, et les sangles au niveau des cuisses ont tendances à couper la circulation (l'artère fémorale étant la plus grosse du corps)...alors on se tient droit et on reste éveillé dans son baudrier ! 😂

On regroupe les travaux acrobatiques sous 4 grandes familles, le BTP, l'urbain, l'industriel, l'évènementiel. Cette liste est bien sûr non exhaustive.

Le BTP : dans la majorité des cas, le BTP désigne la sécurisation des falaises dites instables. On y pratique donc de manière intense la purge des rochers instables (canne à purge, vérins hydrauliques, explosifs), le forage (pour fixer les protections), le levage du matériel de protection (manuel, grue, hélicoptère), la pose du matériel de protection (grillages, filets anti sous-marin (merci la guerre froide), barrières dynamiques géantes). Mais le BTP regroupe aussi des missions tels que l'inspection d'ouvrages (accompagnement et sécurisation d'ingénieurs, pose de repères pour géomètres).

L'urbain : on retrouve principalement des travaux de purge/maçonnerie/peinture de blacons/façade, traitement d'infiltrations, pose de systèmes "anti-nuisible" (je remercie au passage tous nos petits vieux qui nourissent nos pigeons/tourterelles, car ces braves volatiles me font vivre en me donnant du travail !), nettoyage de vitre (facette un peu plus connue)...

L'industriel : descendre dans des silos à grains, des silos de sucre (qui peuvent dégager des gazs explosifs) pour en gratter les parois. Se ballader sous l'énorme turbine d'un barrage hydro-électrique, et entendre le ronronnement des turbines voisines qui tournent à plein essor, les travaux sur platefrome pétrolière, dans les cales de supertanker, etc ...

L'évènementiel : la pose de "bâches publicitaires" sur des bâtiments publics par exemple (manifestation, festival, ....), le monde du spectacle en coulisse, au desuus de la scène parmi les éclairages et divers accessoires.

Ce qui me plait dans ce métier ?

Il y a l'aspect rappel, déplacement sur cordes dans le vide, car cela me renvoie dirrectement à certaines mes passions : la spéléologie, l'escalade, le canyoning. Chaque discipline à ses propres techniques.
Il y a ce moment où, une fois que tu as bien amarré tes cordes, enfilé ton baudrier (ma tenue de lumière !), tu dois basculer dans l'autre dimension. Tu passes du monde horizontal, au monde vertical. Ce petit moment où tu as jambe dans le vide, et l'autre encore sur le toit, ce moment où tu vérifies une ènième et dernière fois que tu es bien en sécurité, attaché. Et là, tu bascules, tu changes de dimension, la corde se met en tension, tu ressends le doux confort de ta scellette qui se met à te porter, et puis tu lâche tes mains, tu laches prise, tout ne tiens plus qu'au bout d'une "simple" corde, rien n'arrive, tu ne tombes pas..."je me suis bien accroché, c'est cool, allez ! Au boulot".

En découle l'ordre des priorités : la sécuritée, puis le boulot. Les contextes n'étant jamais identiques, le cordiste reste assez libre dans la mise en place de son système de sécurité, y compris dans la durée de cette mise en place. Ce savoir faire étant peu commun et engagé, nous bénéficions en général d'une forme de tolérance quand au rythme d'éxécution des taches. Et puis il a les débats inter cordistes sur la façon d'ammarer ses cordes, les ustensiles à avoir ou ne pas avoir sur son baudrier...chacun sa touche !

Il y a aussi cet "esprit de cordée" qui plane au dessus de nous, le regard bienveillant sur ton collègue qui se met sur corde par exemple. Vérifier que tu t'es bien mis en sécurité, et vérifier que tes collègues ont fait de même. Vérifier qu'on ne risque rien. Car ce collègue avec qui tu travailles, peut-être qu'un jour il te sauvera la vie, ou l'inverse.

Les personnes venues de tout horizon, de toute profession, de toute confession :
J'ai travaillé avec des anciens légionnaires, des repris de justesse, des punks, des routards, mais aussi avec des moniteurs d'escalade, des guides de haute montagne, des spéléos, des moniteurs de ski, des champions de VTT, des base jumper, des parapentistes, des caméramen en chute libre, ou encore des chef cuistôts (sur yatch), des protésistes dentaire, des diplomés de Saint-Cyr, des coiffeurs, des ingénieurs civil, des ouvriers ... et j'en oublie tant. Cette diversité, cette richesse, me fascine, et me rappelle également à quel point nous sommes tous différents, exepté dans l'aspiration au bonheur.

Ces moments de contemplation, depuis nos divers nichoirs insolites, à regarder la valse vie, la ville depuis les toits, voir ces petites fourmies que nous sommes s'agiter dans tout les sens dans des buts inconnus. Voir la mer sur l'horizon, la côte, ou contempler ces immenses montagnes que nous tentons vainement de contenir. Se sentir hors d'atteinte, mais vulnérable à la fois. Regarder les choses d'en haut, prendre du recul, voir l'impact que nous avons sur notre environnement, voir "mieux", voir plus loin, voir plus de choses, sentir au dessus de tout, et se sentir tellement petit et insignifiant dans cette immensité...vous vous souvenez du célèbre passage dans Titanic filmé sur la proue ? ... C'est un peu ça aussi 😂

Travailler aussi en collaboration avec un hélicoptère, sensations fortes garanties !

Et ces fois où ça ne passe pas loin, ces fois où la faucheuse t'observe et t'adresse son plus doux sourire, ces fois où tu ne peux expliquer ta présence que par l'existence d'un ange gardien, une volonté hors de contrôle, le destin, ces fois où tu te sens "vivant", et heureux de l'être. Ca fait réfléchir aussi, ça fait prendre du recul sur le regard que l'on porte à la vie... sur beaucoup de choses en fait.


Voilà selon moi, ce qu'est le métier de cordiste. Je pourrais encore vous en parler des heures, les meilleurs moments, les pires, des anecdotes hallucinantes, mais ça serait un peu longuet, y a 16 ans de vécu. Je vais finir par quelques dictons que l'on aime à se répéter :

"Un bon cordiste, est un cordiste vieux" ou "Ce qui tue, c'est la force de l'habitude"

La plus drôle : Si tu tombes, c'est la chute, et si tu chute, c'est la tombe ! 😂

Etre cordiste n'est pas exceptionnel à mes yeux, je ne suis que celui qui fuit la conformité du travail. Je joue avec elle à chat perché pour éviter ses taches ingrates, ses hiérarchies, et à ce jeu là, je regorge d'imagination. Valeureux sont ceux qui se font violence pour aller travailler, et ceux comme tant d'entre vous qui travaillent dans un bureau. Vous ne pourriez pas faire ce que je fais ? Je vous rassure, moi non plus, faut dire ce qui est, la nature fait bien les choses.

Merci pour votre lecture, en espérant vous avoir fait sourire et voyager un peu dans ma tête 😉

Laurent...le 21 novembre 2020 à 20:29  •   48484

Petit bonus, avez vous déjà voyagé EN hélicoptère mais pas DANS l'hélicoptère ? ...
voir la vidéo

Juliette...le 21 novembre 2020 à 20:51  •   48486

Oui @Laurent..., tu as réussi à nous "mettre" dans ta peau de cordiste, dans ta peau d'amoureux de la vie aussi 🙂 Merci!

Nevromonle 25 novembre 2020 à 23:42  •   48614

C'est pas souvent que j'entends parler de ce métier, que je n'imaginais pas aussi varié.
Ton sujet m'a instantanément rappelé un documentaire sur un drame qu'il y avait eu en industriel :
https://radioparleur.net/2019/02/28/profession-cordiste/

Du coup, pour y faire écho, ça va, niveau considération de la part de tes employeurs, en général?

Laurent...le 26 novembre 2020 à 19:46  •   48642

@Juliette... : youpi ! 😉

@Nevromon : je fais faire très (pas) court. Ta réponse au 6ème paragraphe 😂
Extrait de bastamag.net :

..."coupe ta corde, t'es pris dedans"... Ca me fais froid dans le dos... Le récit est boulversant.

Quentin Zaroui-Bruat en juin 2017, Arthur Bertelli et Vincent Dequin en mars 2012. Ces jeunes cordistes, des techniciens qui effectuent des travaux en hauteur, sont tous trois morts ensevelis dans les silos du géant du sucre Cristal Union. Aucun de ces accidents, intervenus sur le même site industriel, na encore été jugé. En cause à chaque fois ? Louverture accidentelle des trappes destinées à vidanger les silos. Sagit-il dune simple erreur humaine ou de la conséquence dinsuffisances multiples en matière de sécurité, dans un métier précaire et très peu encadré ? Enquête.

Ca résume bien ce qu'il se passe dans la réalité il faut dire. L'article parle "d'ouverture acciendentelle"...vous est-il déjà arrivé de démarrer votre voiture de manière accidentelle ? Ou vous est-il déjà arrivé d'allumer votre ordinateur, d'ouvrir un logiciel, et d'ouvrir un certain travail sauvegardé, le tout de manière accidentelle ? En fait, moi, ça m'arrive tous les jours 😂

J'ai travaillé dans une des quatres conduites forcée (où des tonnes d'eau circulent à une vitesse fulgurante) d'une centrale hydro-électrique en Nouvelle Zélande. On à passé une journée entière à se ballader sur le site à vérifier le bon balisage de toutes les commandes d'ouvertures (gros panneaux visible même pour un aveugle 😂) de la conduite concernée. On a du signé une quinzaine de papiers, contre signés dans la foulée par les responsables de la sécurité du site. Je veux dire, si on avait augmenté d'un grade le niveau de sécurité, c'était l'annonce dans le jt et la presse locale 😂

On nous bassine que la France est le pays du syndicalisme, des luttes pour la condition sociale, mais il force de constater que nos amis anglo-saxons, malgré leurs dents acérées et leur aptitude pour le business, ne prennent pas à la légère la sécurité. Partout il est placardé "safety first", des formations sont dispensées par les entreprises, ainsi qu'un suivit avec des recyclages pour s'actualiser aux nouvelles évolutions des métiers, ils sont intrensigeants, et à raison.

Il est bien triste de constater en effet qu'en France, il y a un fossé (que dis-je, un univers !) entre le protocole, et la réalité. Même usine, même drame, rien, pas de jugement, pas de mobilisation de la DPMC (département de la promotion des métiers sur cordes), rien !
"Erreur humaine, ou insuffisances mutliples en matière de sécurité ?"...question très audacieuse, ou alors traduisant une forme d'ignorance ou de omerta. Le responsable de la sécurité de cette grande boîte de travaux acrobatiques est en lien étroit (au moins membre de Jury d'examen et co-auteur du "mémento du cordiste") avec la DPMC ...dernière qui se veut la garante et porte parole de notre sécurité... On est en pleine science fiction.

Pour enfin répondre à ta question sur la considération, c'est vite vu. Environs 80% des cordistes étaient intérimaires à l'époque. On t'explique bien en formation que tu disposes d'un droit de retrait en cas de danger pour ton intégrité physique. On te dis bien que l'employeur ne peut prendre aucune sanction contre toi si le fait est avéré. On te dis aussi que les Equipements de Protection Individuelle (baudriers, casques, ...) doivent être fournis par l'employeur. Mais bon, on te dis pas que le nerf de la guerre, c'est l'argent, et tout est bon pour en gagner toujours plus. Donc si tu deviens un peu trop frileux pour ta sécurité, que tu exerces ton droit de retrait trop souvent, et bien bizarement le téléphone sonne moins souvent, les agences oublient de t'apeller...accident ? 😂

Dring !!!
- Oui allo ?
- Salut Laurent , c'est Stéphanie de "inaudible"intérim, tu serais dispo la semaine prochaine pour une mission ?
- Oui, c'est quoi comme mission ?
- C'est du TP dans la vallé de la Tinée, au fait, tu as ton baudrier et ton casque ?
- Oui oui euh...c'est payé combien ?
- On sait pas encore...euh...mais c'est bon pour toi ?
- Oui oui... Faut voir... A priori je suis dispo, donc ce qu'on peut faire c'est que vous me rappelez dès que vous en savez un peu plus ?
- Euh, ok, on fais ça !

Ce genre de petit coup de fil, très "révélateur", j'en reçoit souvent. On a surnommé ça le téléphone rose, en raison des douces voies complices de nos interlocutrices, et pour le coté pigeon qu'on apâte. On pourrait appeler ça aussi "le chant des sirènes" tiens, ça colle mieux... beautifullest.

J'aspire à devenir formateur et jury à plein temps pour mes vieux jours, mais vu comment ça se passe, et vu ma longue expérience sur le terrain, je sens que je vais encore me faire des potes... Du coup j'ai pensé à une ré-orientation, la chute libre, avec un nouveau concept : le parachute minute : tu montes dans l'avion, on te jettes un parachute, pendant que tu l'enfiles au milieu du vacarme du moteur et des décompressions d'altitudes, le mec te hurles "bien à plat, et tu tires ici pour ouvrir ! C'est bientôt à toi !", la porte s'ouvre... Note à moi même, encaisser les avoirs avant toute prestation.

Et pour le coup, je ne sais plus si j'ai bien répondu à ta question...😂

Nevromonle 26 novembre 2020 à 22:21  •   48647

Je craignais de t'offenser avec la mention de ce documentaire, je suis soulagé que cela ne soit apparemment pas le cas. Bon.
Le podcast m'a également pas mal secoué, d'autant plus que je faisais un boulot extrêmement répétitif et "planqué" lorsque je l'ai écouté, donc le contraste entre ma situation et celle des cordistes était d'autant plus différente, et le documentaire plus marquant pour moi.

Je trouve qu'en France, on se repose beaucoup sur une image idéalisée de soi plutôt que d'agir. De plus, en termes de sécurité et autres, il y a un côté très latin, très coulant, serpentant entre les protocoles, "s'arrangeant" avec. Un peu truand et filou, également. Je préfère de plus en plus le côté pragmatique anglais, et même allemand ou scandinave. Donc je ne suis pas du tout surpris par ce que tu dis là.

Ouais...prétendre que l'on est "libre de refuser du travail" dans une société ne proposant pas le revenu universel, c'est de la malhonnêteté intellectuelle. Ce n'est pas la même chose, mais en intérim, j'ai eu le luxe de choisir de ne pas continuer une mission de travail à la chaîne de nuit. C'était un contrat d'une semaine, et je n'en pouvais plus (ou n'ai plus voulu en supporter plus) au bout de quelques heures. L'enfer, je trouve. Eh bien, on ne m'a plus rappelé du tout, pour cette mission comme pour toute autre. Par contre, je n'avais jamais fait attention au côté caressant pour endormir la méfiance de l'intérimaire au bout du fil !

Concrètement, que devrais-tu faire pour réussir à être membre dej ury et/ou formateur?

(oui, tu y as répondu...partiellement : les autres professionnels que tu côtoies, mais sans forcément avoir de lien hiérarchique avec toi, comment considèrent-ils ta profession? )


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