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Introduction d'un roman

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Introduction d'un roman
Marienle 09 juin 2019 à 11:55

Dans le grenier nous trouvons une boîte à chaussures. Nous l'ouvrons : une bonne centaine de photographies, pour la plupart en noir et blanc, pêle-mêle, comme jetées d'un mouvement hâtif pour s'en débarrasser, les cacher aux yeux maraudeurs. Dès que nous en prenons une dans la main le temps présent se dissout, tandis que fleurit le temps passé.
Les moments d'antan défilent. De tous ces gens sur les photos, nous n'en reconnaissons quasiment aucun. Quelques-uns à peine, avec une difficulté qui met en branle les ressorts de notre mémoire. Tout cela date d'avant notre naissance. Certaines figures reviennent, mais il nous est impossible de leur donner un nom, un rôle, de leur inventer une vie. Et quand bien même nous y parviendrions, nous nous trouverions à cent années lumière de celle qu'ils ont effectivement vécue.
Il n'y a rien d'inscrit aux revers : ni date, ni nom, ni rien. Ces personnes ne sont tout de même pas là par hasard. Nous nous posons des questions, nous imaginons, d'ailleurs il ne nous reste que cela, imaginer, car jamais nous ne trouverons l'exacte vérité.
Des amis des grands-parents probablement, ceux qui, fidèles, les ont accompagnés durant tout ou partie de leur existence, et ceux qui, comme des comètes, ont disparu aussi rapidement qu'ils sont apparus, sans qu'on sache jamais ce qu'ils sont devenus. Il s'agit de ce genre de gens qui traversent la vie sans s'attacher à rien ni personne, qui se demandent, où qu'ils se trouvent, ce qu'ils font là, s'ils ne seraient pas mieux ailleurs.
A ces questions existentielles ils n'ont qu'une réponse, toujours la même : ils s'en vont, ils partent ; ils disparaissent. Et de cela, nous ne pouvons leur en vouloir. En notre for intérieur nous les comprenons, et nous pouvons parfois nous surprendre à les envier, parce qu'il nous est déjà arrivé de nous sentir perdu au milieu des autres, de nous demander ce que nous faisions là, en cet endroit, dans cette situation, avec ces gens qui nous sont si
familiers. Nous sentions que notre place devait être ailleurs. Ou bien nulle part.
Avec ceux-là les liens que nous avons tissés sont aussi ténus que bref le temps durant lequel nous les avons côtoyés. Si bref que, souvent, ils ne demeurent que dans quelques mémoires, et nous nous demandons s'ils ont vraiment existé.
Peut-être des inconnus après tout, qui furent là par hasard ce jour précis, des amis d'amis, un soupirant de passage, une furtive amante, des gens dont le regard transperce le papier pour se fixer au fond de nous et nous remuer l'âme, dont nous ressentons la détresse, sinon un appel à l'aide à travers les années auquel nous ne pouvons pas répondre.
Quoi qu'il en soit, ces photos étaient chaque fois prises lors d'un moment d'exception, ou qui se caractérisait par sa particularité, ainsi qu'on le faisait autrefois. L'événement rare dont on souhaitait conserver un souvenir, une trace, le plus souvent une fête de famille, une réunion entre amis, l'obtention d'un diplôme ou d'un premier emploi, l'achat d'une nouvelle voiture, était l'occasion de sortir l'appareil pour figer sur la pellicule ces instants qu'on trouvait importants. Souvent on faisait plusieurs prises du même moment, de la même scène, de crainte d'avoir manqué la première, et il fallait attendre plusieurs jours ou semaines avant de découvrir à quoi tout cela ressemblait.
De fait ne demeure qu'un agrégat de moments d'exception, jamais une somme d'instants quotidiens propre à transmettre aux générations suivantes la réalité d'une vie parée de ses habitudes. Peut-être allons-nous jusqu'à croire, en les regardant nous fixer à travers le temps, sans sourire, qu'autrefois ils détenaient une force qui aujourd'hui nous fait défaut, ressentaient plus intensément les choses de la vie.
Nous nous trouvons ensemble devant une photo. Les paroles prononcées par nos proches sont en décalage avec ce que nous y voyons, comme s'il existait deux vérités parallèles, deux mondes jumeaux, superposés, proches mais pas tout à fait les mêmes. Ce que les autres croient avoir vécu, et ce que nous sommes sûrs d'avoir ressenti. Tout paraît dès lors revêtir l'habit de la fiction.
S'il s'agit de soi, figé sur l'image, nous nous regardons, et nous nous demandons si nous avons vraiment vécu ce moment-là, a priori singulier, s'il ne s'agit pas de quelqu'un d'autre, là, qui sourit dans cette neige. Car décidément, non, nous ne nous en souvenons plus, même si quelqu'un tente avec enthousiasme, et arguments que nous trouvons fallacieux, de nous raviver la mémoire avec des détails oubliés ponctués de « Mais si, rappelle-toi ». Nous ne nous souvenons pas plus, mais il arrive un moment où nous cédons, car il est ordinaire de céder, de dire « Ah oui, ça me revient maintenant ».
Nous mentons, pour voir le sourire s'épanouir sur le visage de l'autre, comme d'habitude. C'est peut-être la seule fois où il nous arrive de mentir. Nous faisons semblant de revivre en pensée ce moment, qui éclaterait à l'instant dans notre mémoire tel un feu d'artifices qui nous ravit, nous faisons semblant de revivre cette réjouissance d'alors, d'un temps passé que nous avons prétendument vécu, mais nous ne sommes pas vraiment présents, ni ici ni sur la photo, ni avant, ni maintenant. Nous ne ressentons pas cette joie que l'autre déploie et qu'il croit partager avec nous. Mais l'important n'est-il pas qu'il soit heureux en cet instant, comme il le fut probablement le jour où la photo fut prise ? Nous, nous étions absents, et nous le demeurons. Après tout, c'est peut-être bien soi, sur la photo, mais en un autre temps, un soi antérieur que nous avons oublié et que nous ne sommes plus, c'est-à-dire quelqu'un d'autre.

Julienle 09 juin 2019 à 14:33   •  

Ton texte me parle :)

Les "arrangements" que chacun établit avec lui-même pour s'accomoder du temps qui passe, et aussi l'usage du mensonge, parfois un beau mensonge, dans quel cas mentir ? Y a-t-il de "bons mensonges" ? Vaste question...

C'est donc la première page d'un roman que tu es en train d'écrire ?

Marienle 09 juin 2019 à 15:25   •  

Que j'ai terminé et pour lequel j'ai commencé à recevoir mes premiers refus des maisons d'édition.
J'ouvre la boîte aux lettres, je vois une enveloppe, je ne l'ouvre pas tout de suite, je suis content, je me dis "Tiens, un nouveau refus", et je décapsule une bière de garde.

Julienle 09 juin 2019 à 16:25   •  

Tu as eu des retours manuscripts ? Ou que des lettres imprimées ?

Une lette de refus écrite à la main, c'est plus agréable je trouve !

Marienle 09 juin 2019 à 17:41   •  

Non pas manuscrites ; je me vois contraint d'en décapsuler une autre - bière.

LibertEchEriele 09 juin 2019 à 17:59   •  

Tu oses te jeter à l'eau Marien, chapeau!
Si tu n'envoyais pas, tu pourrais avoir envie de te bourrer la gueule pour oublier que tu ne sais pas aller jusqu'au bout, non?
Moi je n'ai pas encore passé le cap de l'arrachage systématique après éjection des mots...

LibertEchEriele 09 juin 2019 à 18:21   •  

De quoi ça parle Marien, après l'introduction?
On a envie d'avoir la suite 🙂

Marienle 09 juin 2019 à 19:34   •  

Quatre hommes et un chien dans un paysage neigeux, hostiles. On apprend au fur et à mesure leurs vies passées et la façon dont ils en sont arrivés là.
Rien de transcendant !

LibertEchEriele 09 juin 2019 à 20:05   •  

Dis pas ça! Moi ça me donne envie de le lire

Marienle 09 juin 2019 à 20:35   •  

Ah LiberEchErie, toujours aussi enthousiaste !

Julienle 09 juin 2019 à 21:01   •  

"Rien de Transcendant", c'est le titre du livre ?

lol

Julienle 09 juin 2019 à 21:02   •  

Un beau titre d'ailleurs je trouve

LibertEchEriele 09 juin 2019 à 21:03   •  

Je ne supporte pas de voir les gens tristes. Ni qu'ils se trouvent nuls. Mais je connais ça par coeur, j'ai été championne d'auto dépréciation triste. Bon, en vieillissant, j'ai perdu mon titre de championne mais je touche encore ma bille quand-même 😉

Julienle 09 juin 2019 à 21:15   •  

Je dirais que Marien fait une erreur en qualifiant son travail de : "rien de transcendant", ou de quelque autre mesure de qualité d'ailleurs, car l'auteur ne peut pas savoir ce qu'un lecteur pense et ressens face à son texte. Le destin de son texte ne lui appartient pas, il n'est plus en contrôle. Il ne peut alors s'agir que de son avis à lui.

Mais le texte vit, fait ses rencontres, et parfois aussi, tombe amoureux de son lecteur :)
et ni l'avis ni la volonté de son auteur n'y peuvent rien !

Après, une question liée à cela est : est-ce que l'auteur lui-même, "aime" son texte ? Est-ce qu'il prend plaisir, ou intérêt, à lire sa propre création ?

LibertEchEriele 10 juin 2019 à 18:37   •  

Je peux ressentir un certain plaisir quand je pense avoir dit au mieux ce que je voulais dire. Par contre, je n'ai jamais ressenti cette même satisfaction bien longtemps. Jusqu'ici en tous cas. Les trucs que je gardais quelques temps, en les relisant plus tard, étaient toujours décevants. Voilà pourquoi je ne garde plus rien 🙂
Je profite de ce post et de ce fil pour donner aussi un peu mon avis quant à l'éloquence. Julien, je t'ai trouvé un peu dur. Pour moi, l'éloquence, comme toutes les facilités, les aptitudes, les dons, voire les virtuosités, sert les desseins de celui qui est éloquent. (ilPoint barre. Autrement dit, à chaque intention, sa sorte d'éloquence. Quand celui qui s'exprime se tord d'impatience quant au bien-être de tous, quand il a, peut-être, et au moins comme tout un chacun s'il tentait de les exprimer, des expériences, des ressentis, des convictions intimes à relater, sans mettre qui que ce soit en péril, voire en apportant la simple lueur de son oeil, où est la connotation péjorative de l'éloquence?
Et, si j'appartiens un tant soit peu à ces gens dotés d'éloquence, j'espère alors que ceux qui lisent les trucs que j'écris quand je me contente de dépeindre au mieux l'éloquence de ce que je ressens (autre sens du mot), seront d'accord pour dire que, s'il y a tentative de persuasion, ce ne peut être que la tentative de persuader que le mieux est toujours envisageable...

LibertEchEriele 10 juin 2019 à 18:49   •  

Les mots pour moi, c'est vraiment le kif total depuis que je suis toute jeune. ils m'ont d'abord sauvé la vie je pense, puis ils m'ont réconciliée avec les humains, maintenant, ici, ils me prennent par la main pour oser vous dire que je nous sens tous inclus dans le même tourbillon. Désolée (pour moi surtout :)) si je donne parfois l'impression d'en rajouter. L'abondance et les fioritures sont là comme un sourire consolateur au vide et à l'ascèse passés 🙂

LibertEchEriele 10 juin 2019 à 18:51   •  

Euh, Marien?! Ca ne te dispense aucunement de nous, ou au moins de me faire parvenir ton texte intégral 😄

Julienle 10 juin 2019 à 21:37   •  

@LibertEchErie Je suis d'accord avec toi sur l'éloquence, j'ai réduit l'éloquence à son usage le plus "malsain" effectivement !


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