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Je suis en train de lire un essai en espagnol : "Mapa de soledades" (Carte de solitudes). Pour l'instant, il n'est pas disponible en français. Peut-être qu'il le sera bientôt, puisque le dernier livre de l'auteur, Juan Gómez Bárcena, a bien été traduit. Le sujet est la solitude, comme vous pouvez imaginer. Ou plutôt les différents types de solitudes. Il mêle les expériences de vie de l'auteur (clairement APIE) à une multitude d'exemples tirés de l'histoire et de la fiction.
Je vous mets un passage, au cas où quelqu'un veut donner son avis :
« En 1973, le psychologue Robert Weiss a défini la solitude comme "une maladie chronique, sans aucune qualité positive". L'art est une réfutation silencieuse de cette thèse. Je ne connais pas un seul créateur dont l'oeuvre ne soit fondée sur une expérience de solitude. [...]
L'art nous révèle que la solitude peut être quelque chose de bien plus décisif qu'une expérience plus ou moins douloureuse : c'est, en fin de compte, une forme de connaissance. [...]
Notre époque a eu tendance à oublier la dimension positive de l'expérience d'être seul. Comme le remarque Odo Marquart : "nous avons perdu la faculté de la solitude". J'aime ce mot, faculté : la solitude comprise comme une attitude, peut-être même comme un super-pouvoir. C'est peut-être à cela que pensait Nietzsche lorsqu'il a dit que "la grandeur d'un homme se mesure à la quantité de solitude qu'il est capable de supporter". August Strindberg va peut-être encore plus loin en la transformant en moteur de la métamorphose de l'âme elle-même : "C'est cela, au fond, la solitude : s'enlacer dans la soie de sa propre âme, devenir un cocon et attendre la métamorphose qui ne peut manquer."
De nombreux psychiatres, pourtant, continuent de la considérer comme une limitation ou une carence. En définitive, comme un obstacle au bonheur humain. Mais ce qui nous rend malheureux, ce n'est pas la solitude en elle-même, c'est notre ignorance : nous ne savons tout simplement pas à quoi elle sert, ou nous en venons même à croire qu'elle ne sert à rien. »
J'aime bien.
Mais quand même... pour ma part, je sais à quoi elle me sert. Tranquillité, ennui créatif, repos, recentrage, prise de recul, ...
Bonjour
Je pense qu'il y a une différence essentielle entre savoir vivre en solitaire et craindre la solitude...
👍 Paradox.
Une vidéo sur cette thèmatique :
voir la vidéo
@Surderien Je connais ce truc de Schopenhauer. Mais la vidéo IA, j'ai du mal, la voix est bien faite sauf des fois, ça marche mal, j'ai craqué au bout 50 secondes. Je pense qu'on peut trouver mieux.
Personnellement, je vis le thème de la solitude à l'envers.
C'est-à-dire qu'avant 16 ans, je gardaisun équilibre parfait entre une vie sociale acceptable à l'école (je m'entendais bien avec tout le monde, on m'invitait aux anniversaires, on m'appréciait comme une personne intelligente... même si je n'avais aucun « meilleur ami » ni ne passais beaucoup de temps avec les autres en dehors des cours) et une vie personnelle satisfaisante à la maison (toujours seul à jouer, dessiner ou inventer des histoires).
Entre 16 et 34 ans, j'ai commencé à sortir de manière disproportionnée (trois fois par semaine, tant que mon travail me le permettait... et souvent encore en travaillant le lendemain) et j'ai été presque tout ce temps en couple, en habitant avec elle dès mes 21 ans. J'étais rarement seul et, en fait, la solitude me manquait parfois.
À partir de 34 ans, sans couple, avec les anciens amis en Espagne qui sortent de moins en moins en soirée et de moins en moins de connaissances en France, mes sensations ressemblent beaucoup à ce que résume la vidéo de @Surderien et ce que vivent beaucoup d'autres APIE. Particulièrement, avec les problèmes d'ennui et décrochage pendant les discussions avec les autres.
Donc, dans mon cas, ce qui est curieux, ce n'est pas ce que je ressens (très commun dans notre communauté), mais le fait que je le vivais parfaitement bien en tant qu'enfant et que cela soit devenu si compliqué avec les années. Je ne sais pas, je pensais que mûrir se passait dans l'autre sens.
@Kuduz
Coïncidence (?), une étude vient juste de sortir (hier) qui met en relief deux types d'autismes. Et pour l'un des deux, les symptômes apparaissent à l'adolescence :
citation :
"Les chercheurs ont découvert des profils génétiques différents liés à deux trajectoires que les enfants autistes ont tendance à suivre. L'une est liée à un diagnostic précoce et à des difficultés de communication durant la petite enfance. L'autre est liée à un diagnostic tardif, à des difficultés sociales et comportementales accrues à l'adolescence et à des taux plus élevés de troubles comme le TDAH, la dépression et le TSPT."
Alors bien sûr, les symptômes décrits dans l'étude sont les plus extrêmes, pusque c'est la plupart du temps ceux-là qui amènent les "patients" chez les médecins. Mais cela peut suggérer que les traits "tardifs" que tu évoques pourraient avoir une explication génétique !
L'article explicatif (en anglais) : https://www.cam.ac.uk/research/news/study-reveals-genetic-and-developmental-differences-in-people-with-earlier-versus-later-autism
L'étude complète (en anglais) : https://www.nature.com/articles/s41586-025-09542-6
Une traduction automatique de l'article explicatif (toujours à prendre avec des pincettes mais utile pour comprendre le contenu en gros) : https://www-cam-ac-uk.translate.goog/research/news/study-reveals-genetic-and-developmental-differences-in-people-with-earlier-versus-later-autism?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=en&_x_tr_pto=wapp
@Merlin L'article est très intéressant et il a beaucoup de sens pour moi. Il y a quatre ans, j'ai passé une évaluation pour l'autisme avec une psychologue, et la seule chose qui ne correspondait pas au profil, c'était justement les problèmes de communication dans l'enfance, car j'étais même en avance sur ce point. Je n'ai aucune idée d'où se trouve ce rapport ni des noms des différents domaines évalués, mais j'ai envie de le retrouver. Merci.
Et pour revenir au sujet du fil, la thèse de l'essai n'est pas unique. D'un côté, il parle de la solitude comme d'un grand problème social du XXIe siècle, tandis que de l'autre, il loue les vertus de la solitude choisie (comme dans l'extrait que j'ai partagé). Bref, je ne sais pas, cette dualité me semble très intéressante, peut-être parce que je suis en plein dedans.
@Kuduz
Pour moi, les phrases que tu évoques en intro montre quand même une dimension de souffrance de la solitude.
Les individus ont des seuils très différents à partir desquels la solitude devient souffrance. Par ailleurs, l'inverse aussi peut-être souffrance, l'excès de promiscuité.
On peut sublimer les souffrances qu on doit traverser et cela peut être l'occasion de découvrir de belles choses sur soi. Pour autant, les souffrances ne sont souhaitables pour personne.
"la grandeur d'un homme se mesure à la quantité de solitude qu'il est capable de supporter" Au secours... et bah ça lui fera une belle jambe d être "grand".
Par rapport à l enfance, comme toi, je jouais et passais beaucoup de temps seule. Il y avait une sécurité et une liberté dans cet espace, ma chambre. Mon imaginaire était très riche et facilement accessible ou mobilisable. Peut être que ça se travaille, peut être qu être confrontée à la solitude impose de re mobiliser son imaginaire.
La différence était aussi que cette solitude était choisie, si elle me coûtait, il me suffisait d'ouvrir la porte pour la rompre pour aller solliciter quelqu'un.
Ne confondons pas l'isolement et sentiment de solitude
Et si ... et si il existait une sorte d'équilibre ! Personnellement, les phases de solitude choisie me nourrissent, me ressourcent .
Je pense que c'est la richesse de ces périodes , qui pourraient passer pour du glandage, mental éteint , qui me permettent d'être , ensuite, en position " Open" à la rencontre authentique , dispo à l'échange humain vrai, fusse avec des inconnus.
@Cecicela Bon, je n'ai sans doute pas choisi les meilleurs passages pour montrer ce que je voulais dire. J'ai simplement mis ce que j'étais en train de lire à ce moment-là, car je le trouvais pertinant. Il s'agit d'un essai long, d'environ 400 pages. Et ce n'est pas vraiment un essai, c'est plutôt un exemple de pensée en arborescence. Je n'ai pas le livre sous les yeux en ce moment, mais je me souviens d'un chapitre qui commençait en parlant du pèlerinage de Jésus dans le désert, deux ou trois paragraphes plus loin, il passe à l'obscurité de la nuit dans le désert, aux étoiles lointaines et à l'immensité des distances, puis au désert d'Atacama, au documentaire de Patricio Guzmán sur les disparus pendant la dictature, avant d'évoquer la prolifération des observatoires dans la région, et de revenir à l'espace extérieur... le tout entrecoupé de réflexions sur la solitude. Il est difficile de souligner un passage qui résume quoi que ce soit, car l'essai est à la fois très dispersé et très bien tissé. Il rappelle beaucoup ces conversations APIE où l'on commence par un sujet, 10 minutes plus tard on parle de tout autre chose et on se demande comment on en est arrivé là.
@gilde En espagnol, cette différence et l'équilibre dont parle l'auteur sont plus évidents, car il existe deux mots pour dire "solitude". Même si le deuxième est de moins en moins utilisé, en principe la "soledad" désigne un sentiment négatif d'isolement non désiré, tandis que la "solitud" est le fait volontaire et agréable d'être seul.
@Kuduz
Je te partage cette petite réflexion sur la solitude des femmes pour compléter ton tableau et ta mise en perspective.
https://www.facebook.com/share/v/17Hiubbhn3/
@Cecicela En fait, le thème de la solitude des femmes au foyer est largement abordé dans le premier chapitre. Je l'ai lu il y a longtemps, donc je ne m'en souviens pas très bien et je n'ai pas le livre sous les yeux. Mais je me souviens qu'il parlait du film "Jeanne Dielman". Ça m'a donné envie de le voir, mais je n'en ai pas encore eu l'occasion.
@Kuduz
La solitude des femmes au foyer est une souffrance spécifique oui. Je ne connais pas le film évoqué. Tu me diras si tu le vois.
L extrait que je te partageais est sur un autre angle. Il précise que la femme au foyer est un concept récent du XIXe et qu'elles ne représentent plus qu' une faible part des femmes (ou alors un moment limité dans la vie des femmes), mais elle est encore très présente dans les représentations.
L'extrait évoque l'imaginaire autour de la solitude.
Pour les hommes, il est en opposition à la foule, comme une singularité, une richesse intérieure : un visionnaire, un génie, peut être que la grandeur que tu évoquais en citant Nietzsche. Tu évoquais le pèlerinage de Jésus dans le désert, la solitude nécessaire au génie créateur.
Alors que l'imaginaire autour de la solitude d'une femme est lié à l'échec et renvoie à leur sexualié, échec de ne pas avoir su éveiller le désir de l'homme, de ne pas avoir réussi à fonder une famille, La vieille fille à chats.
Est ce que le livre t a permis de changer ton rapport à ta solitude ? est ce plus doux ? Ta vision de celle-ci a-t-elle évolué ?
P'tite parenthèse à propos de ce sus ci dit. film ...de plus de 3 h, vu il y a quelques années au Fresnoys à Tourcoing, Studio national des arts contemporains, et suivi d'une conference - débat de professionnels de l'image et prof de cette école nationale de l'image ... expliquant en large ... et en couleurs ? ...à un public clairsemé et aux étudiants présents... pourquoi que ça que c'est un chef d'oeuvre..
( Lire ou entendre ci bas)
Et ben moi ... Ce soir là ...me suis demandé au bout de 30 minutes environ si mon sens critique était capable de voir ... , de subir même ?, la suite...
Quand ça veut pas ...ça veut pas !
Et moi rentrer maison pas loin à pied.
Pour info, ne vois pas le rapport entre ce film ( tout premier film féministe et ouverte ment militant , réalisé par une ultra militante lesbienne ) et la solitude des femmes au foyer...( Point de vu perso)
Et se pose l'éternelle question du rapport ( adéquation 🤔 ) entre une époque et la reconnaissance d'une oeuvre comme un. " Chef d'oeuvre "
Après, ... bon .. si tout le monde qu'à vu la chose ...ou pas ( journalistes reconnus, critiques réputés , youtubeurs er influenceurs/ceuses) répète tous la même chose : " Chef d'oeuvre il y a " ...un peu hard d'avoir un avis atypique, mais loin d'être impossible 😜
Les statues d'Arno Breaker, un des génies de la sculpture du milieu du XX ème siècle ont elles encore droit au titre de chef d'oeuvre ( leur photos en tout cas ) après leur destruction pour avoir promu la représentation du " bel arien sportif " durant la montée de la sociale démocratie en Allemagne dès les années 30 ( elles décoraient le stade des J .O. de 1936)
P.s. ...Et flûte ... Sorry, j'ai encore arborescé vers un autre sujet que ce fil ...( Pas taper ...pas taper )
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/un-monde-nouveau/un-monde-nouveau-du-mardi-06-decembre-2022-1107462
@Cecicela Ce premier chapitre est centré sur la vie de l'écrivain Horacio Quiroga et sur son ambition de civiliser la jungle de Misiones. Le mot "civiliser" vient du latin civitas (la ville) et "sauvage" de selvaticus (la forêt). Il était donc là, un visionnaire animé par la grandeur d'introduire une ville au coeur de la jungle, projet qui ne devint guère plus qu'un domaine ruralpair de maisons. Mais le chapitre accorde surtout de l'attention à la vie des femmes de l'écrivain, en particulier à la première, dans la double solitude d'une femme au foyer dans la forêt. Plusieurs des points abordés dans la vidéo que tu as partagée, si je me souviens bien, apparaissent également dans ce chapitre. Et tout se termine de la pire façon possible, car les trois générations de la famille Quiroga ont connu un taux de suicide extrêmement élevé.
@gilde Quant au film, je ne sais pas si je le verrai, car je ne suis pas un grand fan du cinéma contemplatif. Mais j'imagine bien le fil rouge entre le rythme lent, les plans longs, la description d'une routine en temps réel et la représentation de la solitude des femmes au foyer. Et je parle ici simplement d'un point de vue esthétique, sans même aborder le message.
Finalement, je pense qu'il est évident que la considération d'une production artistique comme chef-d'oeuvre évolue avec le temps. C'est précisément parce que certaines des caractéristiques d'un chef-d'oeuvre résident dans la transformation du canon existant ou dans l'empreinte laissée sur les générations futures. Sans sortir du cadre du nazisme, un bon exemple serait Leni Riefenstahl, dont le travail a été considéré comme un chef-d'oeuvre pendant près d'un siècle, mais pour des raisons qui ont évolué au fil du temps. Dans les années 1930, elle représentait le sommet du cinéma de propagande ; après la guerre, son oeuvre a été reconnue pour son influence tecnique ou formel, même dans des contextes éloignés de la propagande politique, ou encore pour la renouvellement du langage cinématographique (même si cela reste contesté). Aujourd'hui, ses films sont vus comme des oeuvres à la valeur historique incontestable, contribuant à un débat éthique sur les limites entre idéologie, beauté et horreur.
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