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Parce que j'entends parler d'amour partout autour...

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Parce que j'entends parler d'amour partout autour...
Mnemosunle 14 janvier 2022 à 20:05

... autant que ça se partage.

"Aimons toujours ! Aimons encore !
Quand l'amour s'en va, l'espoir fuit.
L'amour, c'est le cri de l'aurore,
L'amour c'est l'hymne de la nuit.

Ce que le flot dit aux rivages,
Ce que le vent dit aux vieux monts,
Ce que l'astre dit aux nuages,
C'est le mot ineffable : Aimons !

L'amour fait songer, vivre et croire.
Il a pour réchauffer le coeur,
Un rayon de plus que la gloire,
Et ce rayon c'est le bonheur !

Aime ! qu'on les loue ou les blâme,
Toujours les grand coeurs aimeront :
Joins cette jeunesse de l'âme
A la jeunesse de ton front !

Aime, afin de charmer tes heures !
Afin qu'on voie en tes beaux yeux
Des voluptés intérieures
Le sourire mystérieux !

Aimons-nous toujours davantage !
Unissons-nous mieux chaque jour.
Les arbres croissent en feuillage ;
Que notre âme croisse en amour !

Soyons le miroir et l'image !
Soyons la fleur et le parfum !
Les amants, qui, seuls sous l'ombrage,
Se sentent deux et ne sont qu'un !

Les poètes cherchent les belles.
La femme, ange aux chastes faveurs,
Aime à rafraîchir sous ses ailes
Ces grand fronts brûlants et réveurs.

Venez à nous, beautés touchantes !
Viens à moi, toi, mon bien, ma loi !
Ange ! viens à moi quand tu chantes,
Et, quand tu pleures, viens à moi !

Nous seuls comprenons vos extases.
Car notre esprit n'est point moqueur ;
Car les poètes sont les vases
Où les femmes versent leur coeurs.

Moi qui ne cherche dans ce monde
Que la seule réalité,
Moi qui laisse fuir comme l'onde
Tout ce qui n'est que vanité,

Je préfère aux biens dont s'enivre
L'orgueil du soldat ou du roi,
L'ombre que tu fais sur mon livre
Quand ton front se penche sur moi.

Toute ambition allumée
Dans notre esprit, brasier subtil,
Tombe en cendre ou vole en fumée,
Et l'on se dit : " Qu'en reste-t-il ? "

Tout plaisir, fleur à peine éclose
Dans notre avril sombre et terni,
S'effeuille et meurt, lis, myrte ou rose,
Et l'on se dit : " C'est donc fini ! "

L'amour seul reste. O noble femme
Si tu veux dans ce vil séjour,
Garder ta foi, garder ton âme,
Garder ton Dieu, garde l'amour !

Conserve en ton coeur, sans rien craindre,
Dusses-tu pleurer et souffrir,
La flamme qui ne peut s'éteindre
Et la fleur qui ne peut mourir !"

V. Hugo, 'Aimons toujours, aimons encore' (1853) in Les Contemplations

Partant du principe que l'amour est une des rares ressources au monde qui ne peut s'épuiser, et qui se multiplie quand on le partage, ben n'hésitez pas à partager des petites graines de votre cru - ou pas, comme vous voulez.

PS. Si vous voulez discuter de la nature philosophique de l'amour, de la possibilité de son existence, de ses implications théoriques et psychologiques, vous n'êtes pas sur le bon fil.
PPS. Si vous voulez dézinguer l'amour pour toutes sortes de raisons valables ou non valables (je dois avouer que l'envie m'en prend de temps en temps), vous n'êtes pas sur le bon fil.
PPPS. Mais on a le droit de faire des blagues, quand même, hein.

Merlinle 14 janvier 2022 à 20:40   •  

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Hatsale 14 janvier 2022 à 20:44   •  

Merci pour ce magnifique fil !

De cet amour ardent je reste émerveillée, Andrée Chedid



Je reste émerveillée
Du clapotis de l'eau
Des oiseaux gazouilleurs
Ces bonheurs de la terre
Je reste émerveillée
D'un amour
Invincible
Toujours présent

Je reste émerveillée
De cet amour
Ardent
Qui ne craint
Ni le torrent du temps
Ni l'hécatombe
Des jours accumulés

Dans mon miroir
Défraîchi
Je me souris encore
Je reste émerveillée
Rien n'y fait
L'amour s'est implanté
Une fois
Pour toutes.
De cet amour ardent je reste émerveillée.

Mnemosunle 15 janvier 2022 à 07:55   •  

"Tu es entrée, par hasard, dans une vie dont je n'étais pas fier, et de ce jour-là quelque chose a commencé de changer. J'ai mieux respiré, j'ai détesté moins de choses, j'ai admiré librement ce qui méritait de l'être. Avant toi, hors de toi, je n'adhérais à rien. Cette force, dont tu te moquais quelquefois, n'a jamais été qu'une force solitaire, une force de refus. Avec toi, j'ai accepté plus de choses. J'ai appris à vivre. C'est pour cela sans doute qu'il s'est toujours mêlé à mon amour une gratitude immense."

"Jusqu'à présent tu as aimé en moi ce que j'avais de meilleur. Peut-être n'est-ce pas encore aimer. Et peut-être ne m'aimeras-tu vraiment que lorsque tu m'aimeras avec mes faiblesses et mes défauts."

A. Camus et M. Casarès, Correspondance (1944-1959)

Hatsale 15 janvier 2022 à 09:20   •  

Des correspondances magnifiques aussi celles de Lou Andréas Salomé et Rainer Maria Rilke
(ah je ne résiste pas à un très court extrait et pour les amoureux des mots de l'amour, je vous conseille vivement cette lecture)

9 juin 1897,

Je veux emporter dans ma nuit la bénédiction de tes mains sur mes mains et mes cheveux. Je ne veux parler à personne, pour ne pas gaspiller l'écho de tes paroles qui tremble tel un émail sur les miennes et les fait sonner plus tendres ; et, le soleil couché, je ne veux voir aucune lampe pour allumer au feu de tes yeux mille bûchers secrets.


De Rainer Maria Rilke à Lou Andréas Salomé.

Clivele 15 janvier 2022 à 16:04   •  

Lettre de George Sand à Alfred de Musset

Cher ami,

Je suis toute émue de vous dire que j'ai

bien compris l'autre jour que vous aviez

toujours une envie folle de me faire

danser. Je garde le souvenir de votre

baiser et je voudrais bien que ce soit

une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à montrer mon

affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir ainsi

vous dévoiler, sans artifice, mon âme

toute nue, daignez me faire visite,

nous causerons et en amis franchement

je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l'affection

la plus profonde, comme la plus étroite

amitié, en un mot : la meilleure épouse

dont vous puissiez rêver. Puisque votre

âme est libre, pensez que l'abandon ou je

vis est bien long, bien dur et souvent bien

insupportable. Mon chagrin est trop

gros. Accourrez bien vite et venez me le

faire oublier. A vous je veux me sou-

mettre entièrement.

Votre poupée

La réponse d'Alfred De Musset...

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage,
Voulez-vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un coeur
Que pour vous adorer forma le créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin de mes vers lisez les premiers mots,
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

Alfred de Musset

La réponse de George...

Cette insigne faveur que votre coeur réclame
Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.

George Sand

Clivele 15 janvier 2022 à 16:05   •  

Oui, c'est (à ?) cru.

Mnemosunle 15 janvier 2022 à 18:32   •  

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l'ignore.
Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

Verlaine, 'Mon rêve familier' in Poèmes saturniens

Mnemosunle 15 janvier 2022 à 18:46   •  

Vous avez remarqué que Gainsbourg rime avec amour ?
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Mais pas toujours romantique...

Merlinle 15 janvier 2022 à 19:05   •  

Pas romantique, mais de l'amour quand même...

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Evaderhaindile 15 janvier 2022 à 19:36   •  

@Merlin
Ca-rré-ment!

Galateele 15 janvier 2022 à 20:00   •  

Je rejoins @Hatsa pour ce magnifique fil ! 🤘

Allez, je vais jeter ici quelques mots griffonnés lors de mes 13 printemps (merci par avance pour votre indulgence 😉), de cette époque où l'amour tutoie l'absolu de son indiscible passion, secrète bien entendu.

A défaut cela n'aurait pas été drôle 😄

De mémoire, je fus inspirée par un recueil de poèmes russes.


Ce n'est point en vain que sacrifiant Raison,
Et coeur et souvenir je t'embrasse avec fougue
Car j'embrasse celui devant qui j'ai tu ma passion, silencieuse timide
Riant, me tourmentant longuement
L'amour peut bien être un poison de délices
C'est bien un poison que nous buvons en lui
La flamme de l'amour est la flamme de la Vie
Jusqu'au bout de cet amour je serai complice
Comme ces vagues qui courent en grondant et étincelles
Une harmonie jaillit des éléments en querelle
Que ce qui en mon coeur s'est enflammé pour eux,
Achevant de brûler s'éteigne dans tes bras.

Galateele 15 janvier 2022 à 20:32   •  

La lettre
Paroles et musique de Léo Ferré

Ton ombre est là, sur ma table, et je ne saurais te dire comment le soleil factice des lampes s'en arrange

Je sais que tu es là et que tu ne m'as jamais quitté jamais

Je t'ai dans moi, au profond, dans le sang, et tu cours dans mes veines

Tu passes dans mon coeur et tu te purifies dans mes poumons

Je t'ai

Je te bois, je te vis, je t'envulve et c'est bien

Je t'apporte ce soir mon enfant de longtemps, celui que je me suis fait, tout seul, qui me ressemble, qui te ressemble, qui sort de ton ventre, de ton ventre qui est dans ma tête

Tu es la soeur, la fille, la compagne et la poule de ce Dieu tout brûlant qui éclaire nos nuits depuis que nous faisons nos nuits

Je t'aime

Il me semble qu'on m'a tiré de toi et qu'on t'a sortie de moi

Quand tu parles je m'enchante

Quand je chante je te parle

Nous venons d'ailleurs, tous les deux. Personne ne le sait.

Quand je mourrai tu ne pourras plus vivre que dans l'alarme
Tu n'auras plus un moment à toi
Tu seras mienne, par-delà ce chemin qui nous séparera
Et je t'appellerai
Et tu viendras

Si tu mourrais, tu m'appellerais

Je suis la vie pour toi, et la peine, et la joie, et la Mort

Je meurs dans toi, et nos morts rassemblées feront une nouvelle vie,
Unique, comme si deux étoiles se rencontraient, comme si elles devaient le faire de toute éternité, comme si elles se collaient pour jouir à jamais

Ce que tu fais, c'est bien, puisque tu m'aimes

Ce que je fais, c'est bien, puisque je t'aime

À ce jour, à cette heure, à toujours, Mon Amour

Magda72le 15 janvier 2022 à 21:34   •  

Un peu de rétro:

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Clivele 15 janvier 2022 à 21:44   •  

(Pour la lettre de Georges Sand : lire une phrase sur deux. Pour les réponses : lire uniquement le premier mot).

Merlinle 15 janvier 2022 à 21:48   •  

Une de mes chansons d'amour préférées

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Magda72le 15 janvier 2022 à 21:52   •  

(@Clive , c super!)

Hatsale 15 janvier 2022 à 22:54   •  

Chanson du miroir déserté , Aragon.



Où es-tu plaisir de ma nuit
Ma fugitive passagère
Ma reine aux cheveux de fougère
Avec tes yeux couleur de pluie

J'attends la minute où tu passes
Comme la terre le printemps
Et l'eau dormante de l'étang
La rame glissant sur sa face

Dans mon cadre profond et sombre
Je t'offre mes regards secrets
Approche-toi plus près plus près
Pour occuper toute mon ombre

Envahis-moi comme une armée
Prends mes plaines prends mes collines
Les parcs les palais les salines
Les soirs les songes les fumées

Montre-moi comme tu es belle
Autant qu'un meurtre et qu'un complot
Mieux que la bouche formant l'o
Plus qu'un peuple qui se rebelle

Sur les marais comme à l'affût
Un passage de sauvagines
Et battant ce que j'imagine
Anéantis ce que tu fus

Reviens visage à mon visage
Mets droit tes grands yeux dans tes yeux
Rends-moi les nuages des cieux
Rends-moi la vue et tes mirages

Mnemosunle 16 janvier 2022 à 11:36   •  

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Mnemosunle 16 janvier 2022 à 11:41   •  

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Magda72le 16 janvier 2022 à 13:30   •  

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paradoxle 16 janvier 2022 à 16:25   •  

La plus belle chanson d'amour de tous les temps, le phantasme inaccessible.
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gildele 16 janvier 2022 à 21:59   •  

" "L'éclat de vos yeux supprime la souffrance du monde"

"Milena. Quel nom riche et lourd, presque trop plein pour être soulevé... Sa couleur, sa forme est celle, merveilleuse d'une femme, une femme que l'on transporte dans ses bras en fuyant le monde ou en fuyant l'incendie."

"Prends-moi dans tes bras, c'est l'abîme, accueille-moi dans l'abîme... "

Franz Kafka / Lettre à Milena

gildele 16 janvier 2022 à 22:11   •  

Ton silence

L'amour est une science

Et de toi j'ai tout appris

Et j'écoute ton silence

Que je n'avais pas compris.



T'ai-je mal aimé cher ange !

Ange doux, ange brutal

Pur limpide, sans mélange,

Fermé comme le cristal.

Dans ce cristal je contemple

Le désespoir évité.

Mon bonheur élève un temple

A ta jeune antiquité.

Jean Cocteau à Jean Marais

Galateele 16 janvier 2022 à 22:34   •  

La Nuit des temps
René Barjavel

(Extraits)

" Les pentes des ses hanches étaient comme celles de la dune la plus aimée du vent de sable qui a mis un siècle à la construire de sa caresse."

"Tu me comprends, tu avais compris, peut-être pas tous les mots, mais assez de mots pour savoir combien, combien je t'aimais. je t'aime, l'amour, amour, ces mots n'ont pas de sens dans votre langue, mais tu les avais compris, tu savais ce qu'ils voulaient dire, ce que je voulais te dire, et s'ils ne t'avaient pas apporté l'oubli et la paix, ils t'avaient donné, apporté, posé sur toi assez de chaleur pour te permettre de pleurer."

" Nous disons « je l'aime », nous le disons de la femme, mais aussi du fruit que nous mangeons, de la cravate que nous avons choisie, et la femme le dit de son rouge à lèvres. Elle dit de son amant : « Il est à moi ». Tu dis le contraire : « Je suis à Païkan », et Païkan dit : « Je suis à Eléa. »Tu es à lui, tu es une partie de lui-même."

"Parviendrai-je jamais à t'en détacher ? J'essaie de t'intéresser à notre monde, je t'ai fait entendre du Mozart et du Bach, je t'ai montré des photos de Paris, de New York, de Brasilia, je t'ai parlé de l'histoire des hommes, de celle du moins que nous connaissons et qui est notre passé, si bref à côté de la durée immense de ton sommeil. En vain. Tu écoute, tu regardes, mais rien ne t'intéresse. Tu es derrière un mur. Tu ne touches pas notre temps. Ton passé t'a suivie dans le conscient et le subconscient de ta mémoire. Tu ne penses qu'à t'y replonger, à le retrouver, à le revivre. Le présent pour toi, c'est lui."

"Ma bien-aimée, mon abandonnée, ma perdue, je t'ai laissée là-bas au fond du monde, j'ai regagné ma chambre d'homme de la ville avec ses meubles familiers sur lesquels j'ai si souvent posé mes mains qui les aimaient, avec ses livres qui m'ont nourri, avec son vieux lit de merisier où a dormi mon enfance et où, cette nuit, j'ai cherché en vain le sommeil. Et tout ce décor qui m'a vu grandir, pousser, devenir moi, me parait aujourd'hui étranger, impossible. Ce monde qui n'est pas le tien est devenu un monde faux, dans lequel ma place n'a jamais existé.

C'est mon pays pourtant, je l'ai connu...

Il va falloir le reconnaître, réapprendre à y respirer, à y faire mon travail d'homme au milieu des hommes. En serai-je capable ?

Je suis arrivé hier soir par le jet australien. À l'aérogare de Paris-Nord, une meute de journalistes m'attendaient, avec leurs micros, leurs caméras, leurs questions innombrables. Que pouvais-je répondre ?

Ils te connaissaient tous, ils avaient tous vu sur leurs écrans la couleur de tes yeux, l'incroyable distance de ton regard, les formes bouleversantes de ton visage et de ton corps. Même ceux qui ne t'avaient vue qu'une fois n'avaient pu l'oublier. Je les sentais, derrière les réflexes de leur curiosité professionnelle, secrètement émus, déchirés, blessés... Mais peut-être était-ce ma propre peine que je projetais sur leurs visages, ma propre blessure qui saignait quand ils prononçaient ton nom...

J'ai regagné ma chambre. Je ne l'ai pas reconnue. La nuit a passé. Je n'ai pas dormi. Derrière le mur de verre, le ciel qui était noir devient blême. Les trente tours de la Défense se teintent de rose. La tour Eiffel et la tour Montparnasse enfoncent leurs pieds dans la brume. Le Sacré-Coeur a l'air d'une maquette en plâtre posée sur du coton. Sous cette brume empoisonnée par leurs fatigues d'hier, des millions d'hommes s'éveillent, déjà exténués d'aujourd'hui. Du côté de Courbevoie, une haute cheminée jette une fumée noire qui essaie de retenir la nuit. Sur la Seine, un remorqueur pousse son cri de monstre triste. Je frissonne. Jamais, jamais plus je n'aurai chaud dans mon sang et dans ma chair..."

Mnemosunle 17 janvier 2022 à 17:18   •  

"Dans la vie, comme sur la palette de l'artiste, il n'y a qu'une seule couleur qui donne un sens à la vie et à l'art - la couleur de l'amour."
M. Chagall, in Ma vie

Galateele 19 janvier 2022 à 12:13   •  

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Hatsale 19 janvier 2022 à 23:00   •  

Tu ne ressembles à personne depuis que je t'aime.
Laisse-moi t'étendre parmi les guirlandes jaunes.
Qui inscrit ton nom avec des lettres
de fumée parmi les étoiles du Sud ?
Ah laisse-moi me souvenir comment
tu étais alors, quand tu n'existais pas encore. [...]
Maintenant, maintenant aussi, petite,
tu m'apportes du chèvrefeuille,
et jusqu'à tes seins en sont parfumés.
Pendant que le vent triste galope en tuant des papillons
moi je t'aime, et ma joie mord ta bouche de prune.
Ce qu'il t'en aura coûté de t'habituer à moi,
à mon âme esseulée et sauvage, à mon nom que tous chassent.
Tant de fois nous avons vu s'embraser
l'étoile du Berger en nous baisant les yeux
et sur nos têtes se détordre
les crépuscules en éventails tournants.
Mes paroles ont plu sur toi en te caressant.
Depuis longtemps j'ai aimé ton corps
de nacre ensoleillée.
Je te crois même reine de l'univers.
Je t'apporterai des fleurs joyeuses
des montagnes, des copihues,
des noisettes foncées, et des paniers
sylvestres de baisers.
Je veux faire avec toi
ce que le printemps fait avec
les cerisiers.

(extrait, L'AMOUR EN RIME) Pablo Neruda

Magda72le 20 janvier 2022 à 10:39   •  

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Mnemosunle 24 janvier 2022 à 17:51   •  

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Mnemosunle 24 janvier 2022 à 17:53   •  

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa.

Louis Aragon, 'Les yeux d'Elsa'

paradoxle 24 janvier 2022 à 18:49   •  

Une chanson en hommage à l'Elsa d'Aragon (dixit le guitariste du groupe).
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Clivele 25 janvier 2022 à 22:37   •  

Mnemosun, je me permets de poser cela là. Si tu estimes que ce n'est pas adapté, je peux retirer le texte sans souci.

Toi seule sait
Me faire printemps
Quand je me vois
La bouche en fleur
L'esprit ailleurs
Comme hébété
Tout chamboulé
Par cette violence
De l'élégance
Quelle force faut-il
Pour transpercer
Le végétal
Chef capital
D'un clos bourgeon ?
Depuis l'Hadès
De Perséphone
Ce cri aphone
Vient affleurer
En un torrent
Impatient
Dans la forêt
De mon âme.

Toi seule sait
Me rendre été
Par l'air bercé
Chaud et suave
Mes mots me lavent
Ma peau se love
Sur la tienne
Ferme et sucrée
Chair à point
Mûr fruit d'été
Et chaque caresse
Divine paresse
Embrasse le coeur
Etouffe la peur
Quand tous mes sens
Déchirent l'absence
Sur le bourdon
D'un hanneton
Je clois d'un doigt
Ces sombres ébats, dont
Je me pâme.

Toi seule sait
Me donner automne
Quand sur le fil
Aucun pistil
Ne vient danser
S'entrelacer
Au creux des mains
Couleur carmin
Les feuilles ternies
Photographies
De toi contre moi
Saveurs d'hier
Douces et amères
Passent à l'orange
Ballet étrange
Lorsque s'étiole
La farandole
Des gouttes célestes
Contre qui je peste
Tout en dansant
Les pieds dans l'eau
Am stram gram.

Toi seule sait
M'être hiver
L'idiot silence
Fils d'impatience
Crache de sa plume
Sur le bitume
Les souvenirs
De mon empire
Dans tes bras
Un feu glacial
Vient clore le bal
Mais oh, surprise
Le goût de bise
Je le savoure
Plus qu'à son tour
Et je souris
Plus ne frémis
Me délectant
A chaque instant
Du frêle espoir
De te revoir
Toi ma flamme.

Hatsale 26 janvier 2022 à 09:10   •  

(@Clive , j'adore, c'est extrêmement rythmé et musical, il donne très envie de l'entonner, de le lire à voix haute, de le déclamer. Au-delà du rythme, il est très beau et touchant, émouvant et savoureux. La construction suit le chemin du sens, et une énergie progressive se déploie en un feu qui ne se tarit pas puisqu'il se mue et se meut en espoir. Merci du partage !).


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