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Quelques réflexions sur l'égo

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Quelques réflexions sur l'égo
Malkav_ATWle 14 mai 2026 à 18:09

Avertissement : j'ai conscience que le sujet abordé est sensible. Car l'égo est un mécanisme omniprésent, toujours à l'oeuvre. Il participe à l'écriture de ces mots. Comme à la lecture que vous pouvez en avoir. Ce n'est ni bien, ni mal. C'est juste un état de fait, qui n'appelle pas de jugement (car juger c'est déjà activer l'égo), encore moins de culpabilisation. Il n'appelle pas non plus de fierté ni de hautainisme. Le but de ce texte est juste d'apporter quelques réflexions et se donner la possibilité de se considérer soi en conscience.

Notre société actuelle a une forte tendance à glorifier ce qui est projeté sur l'égo. Les "gros caractères", les "leaders", les "charismatiques", auraient donc un égo bien membré. Ils seraient de fait dans le camp des "forts". Les personnes réservées, timides, suiveuses, en retrait, auraient donc à l'opposé un "égo faible". Ce qui suit propose modestement de sortir de cette binarité.

Il y a également un fort enjeu entre égo et identité. Je pense notamment aux personnes ayant des troubles d'ordre narcissique. Pour eux l'égo est un mécanisme de survie, qui n'admet aucune "contestation", aucune remise en question. Si les propos suivants provoquent de la colère, de la rage, ou même un profond inconfort, je crois qu'il est mieux d'en rester là. Personne n'en sortira grandi. Le mieux c'est de respirer un bon coup, éteindre son écran, aller faire un tour, et passer à autre chose.


I. L'égo, un mécanisme
II. L'égo, pourquoi ça foire ?
III. Ego et souffrance
IV. L'égo, je fais quoi de ce truc ?


I. L'égo, un mécanisme

Je crois qu'il faut s'imaginer le truc, d'avoir un esprit humain. C'est assez vertigineux de détenir en soi une conscience. Une imagination. Une mémoire (et même plusieurs). Un mental. Des sensations. Des perceptions. Des émotions. Des rêves. Des désirs. Des besoins. Mais aussi un inconscient, un subconscient, bref l'iceberg inclus dans le package.
Si notre "esprit" est aussi vaste qu'un océan, qu'il faut donc pouvoir "contenir", il doit également faire avec les "océans" des autres, ces mondes intérieurs comme extérieurs. Il nous faut bien à la fois un "contenant" pour cela. Et un élément qui nous permette de gérer, limiter, accueillir tous ces "flux". Ca tombe bien, ce mécanisme existe, et il s'appelle l'égo. Il évite à notre point central, la conscience, de "se noyer dans l'océan". Mais il n'est pas "nous", ni notre identité. Il ne nous définit pas en tant qu'individualité. C'est juste un mécanisme, comme la mémoire de travail ou la perception olfactive.
Comment ce schmilblick marche-t-il ?
Il procède principalement en deux étapes.

1. Observation.
D'un fait, d'un mot, d'une intonation, d'une impression, d'une émotion, d'un constat.
Exemple : "Malkav est bizarre. Ce type est probablement fou.

2. Comparaison
Comparaison de soi. D'une partie de soi. Ou d'une qualité intrinsèque. Par rapport à ce qui a été observé.
Exemple : "Moi, je n'ai pas le comportement de Malkav. Donc, je ne suis pas fou."

Ce double jeu (ou double "je") d'observation et de comparaison, permet de définir une ébauche de ce que je peux être, ou pas. Il borne une limite entre le moi et l'extérieur, par effet de déduction plus ou moins logique.


II. L'égo, pourquoi ça foire ?

A la base, l'égo consiste en cela. Juste, cela. Un mécanisme de comparaison qui permet une approximation de notre identité, par sympathie ou antipathie ("qui je suis par et pour moi-même") et de notre altérité ("qui je suis, face à l'autre, dans son regard, ou face à ce qui m'est extérieur").
Sauf que l'égo a ses travers, et j'en vois deux notamment à préciser ici.

A. Le jugement.

"Réfléchir est compliqué. Les gens préfèrent juger."

Si je reprends mon exemple sur Malkav, mon égo me fait remarquer que sa santé mentale est contestable ("franchement, c'est quoi son délire du Malkav Institute of Bidule ?"). Alors que moi, je m'estime saine / sain d'esprit. Je vais pouvoir construire une hiérarchie, et donc une catégorisation, participant à mon élaboration identitaire. Je suis dans le camp des "biens, des bien-pensants, des gens normaux" et Malkav est dans le camp des "fous, tarés, demeurés, kassos".
Sachant que, si dans mon exemple, la catégorisation est valorisante, elle peut, au contraire, se trouver être dévalorisante.
Si j'ai entendu que je suis nulle / nul, et si mon égo "valide" ou "intègre" cette pensée (en fait, l'égo observe juste que cette remarque active quelque chose en moi), alors il va la saisir et la garder sous le coude. Pour la réactiver au besoin, quand il aura "envie" de fonctionner. En cela, l'égo n'a pas de jugement moral intrinsèque. Il ingère et valide tout jugement, du moment que cela produit un effet sur soi. Et cela me fait enchaîner sur le point suivant.

B. Un mécanisme qui fonctionne.

Si je reprends l'image du mécanisme, je tiens à la préciser un peu. L'égo serait semblable à un programme informatique. Il a un nombre de commandes défini (observer, comparer, juger), sans aucune moralité (pas de notion de bien ou de mal - avec toutes les limites que comporte cette binarité). Il n'est pas non plus programmé pour se soucier du bien-être, du bonheur, du développement de son hôte. Cela n'entre pas dans ses considérations. Car il n'a pas de considération autre que de fonctionner. Pas d'autres objectifs. Plus il fonctionne, plus il est content. Plus il est content, plus il fonctionne. Et plus ce qu'il active provoque une "réaction" chez son hôte (que ce soit fierté ou honte, etc.), plus cela lui convient.

Si je reprends l'exemple d'une personne qui a entendu un jour quelque chose du genre "tu es nulle / nul", et que cela a été intégré, alors c'est la petite voix interne qui va prendre le relais. Celle de l'égo. Elle va se le dire, se le répéter. Parfois face à une difficulté. Parfois, sans raison. Parfois, en "déduisant" d'une attitude, d'un non-dit en face (et sans réalité concrète, sans fait, juste une situation "fantasmée"). J'en profite pour rappeler au passage que l'échec est indispensable à l'apprentissage. N'en déplaise aux adeptes du perfectionnisme forcené (mais la perfection n'est-elle pas un projet pour l'égo ?).
Et donc, pour moi, cet être qui passe sa journée à se dévaloriser, à se trouver nul / nulle, douter de soi, se remettre en cause, entreprendre, n'aura pas un égo "faible". Mais bel-et-bien un égo fort, car il tourne à pleines balles. Et qui est, juste, content, de tourner, sans "considération" pour son hôte.
Et cela, tout autant que pour la personne qui se trouve géniale, super intelligente, très astucieuse, forte, super costaude, sans faiblesse aucune. Et qui dit que "cela fera de la très bonne télévision", mais c'est un autre débat.

En ce point, l'égo peut donc tout à fait provoquer des comportements dangereux, mortifères, et même auto-destructeurs, poussant jusqu'à des actes irrémédiables (mais dont il ne peut avoir "conscience", car, là encore, il n'est pas "programmé pour"). Cela m'emmène au point suivant.


III. Ego et souffrance

L'un des écueils est bien là avec l'égo. A force de fonctionner, il provoque évidemment des mécanismes forts d'identification. Et s'il peut nous aider, dans un premier temps, à gérer les océans pour nous aider à définir (ou plutôt, se rapproche de) "qui on est", le risque est bien de s'identifier à la petite voix qui susurre.
Lorsque les liens d'identification sont implantés, ils sont extrêmement durs à démêler, et encore plus à désamorcer.
"Je suis nul. Je suis faible. Je ne suis pas à la hauteur. Je n'ai pas le physique. Pas l'intelligence suffisante. Pas les compétences. Pas les diplômes. Je ne suis pas assez bien."
Juste un petit florilège.
Dans le miroir inversé de ce piège, alors c'est un narcissisme sans "faille", qui nous coupe de notre intérieur, et donc, des autres.
"Je suis fort. Je suis balèze. Je suis super-intelligent. J'ai un gros QI bien membré. Je suis Mensa (petite cace-dédi). Je suis musclé. Je suis invulnérable."

Il y a encore une autre dérive, pour certaines personnes qui souffrent de maux récurrents. De maladies longues ou chroniques. Car, à les "convoquer", à se présenter comme "cet être malade", ils finissent ce qui pourrait être appelé un "corps de souffrance".
"Bonjour, je m'appelle Malkav, et je souffre d'une cirrhose diabétique de l'humérus droit."
Ces personnes deviennent leur maladie. Et cette maladie devient leur personne. Procédé d'identification, encore. Ils sont la maladie. Ils se présentent par leur maladie. Ils se racontent en racontant leur maladie.
Lorsque ce stade est atteint, cela devient coton. Car, quelle serait la volonté, pour une personne vivant cela, de se séparer de sa maladie ? De guérir, lorsque c'est possible, ou même, en atténuer les effets ? Ou juste, se considérer et considérer le monde via un autre prisme ?

C'est là juste un exemple un peu poussé de processus d'identification. Si je m'appelle Bob-Edmond, et qu'un inconnu vient me dire "salut, tu ne me connais pas. Mais je te dis que tu as été adopté à 3 ans, tu t'appelles Gontran-Kévin, et je suis ton vrai père", il y a de fortes chances que je l'envoie bouler. Chaque atteinte à mon identité est une attaque à ma propre sécurité, un danger pour la construction de mon récit personnel. Celui qui donne sens à mon existence, ce "refuge" (au sens presque résilientesque) identitaire.
C'est exactement le même type de mécanisme qui rend les discussions compliquées avec les complotistes. Car, adhérer à certaines théories leur permet de rejoindre un groupe, une communauté. Et également de combler des vides ou des blessures narcissiques, de quelqu'un qui a peut-être été humilié à l'école, dans un contexte familial ou professionnel... avec un enjeu de ne pas avoir été parfait. En gros, le complot leur permet de se construire une identité.
Ils s'identifient à ce qu'ils pensent, à ce qu'ils croient. Ils deviennent "celui ou celle à qui on ne la fait pas. On ne la fait plus." Tout discours rationnel viendra irrémédiablement se crasher devant ce mur-là. Il sera vain, s'il n'est précédé d'échanges sur la personne, son parcours, ses blessures, sa construction égotique.
Mais alors ? L'égo, on en fait quoi de ce machin-là ?


IV. L'égo, je fais quoi de ce truc ?

C'est un "poncif" commun à plusieurs religions, ou plusieurs voies qui se prétendent "spirituelles", ou initiatiques.
Le discours est souvent pris au premier degré. Cet égo, il faudrait le "tuer". Le supprimer. Le faire disparaître totalement, comme un démon à sceller au plus profond des enfers.
Mais il s'agit d'un discours simpliste, premier degré, pour ne pas dire tarte-à-la-crème-iste. Déconnecté des subtilités spirituelles ou symboliques.
Quelque part, ce serait comme aller à la salle de sport, pour faire de la muscu, avoir de gros biscottos, gagner un concours. Oui, mais après ? Mais ensuite ?

Et puis, ce serait coton de tuer un mécanisme qui est en soi, implanté en soi. Qui nous permet, à un certain niveau, de gérer et contenir "nos océans" intérieurs comme ceux extérieurs. De naviguer à vue sans percuter notre indicible iceberg. C'est comme le chanteur Ren qui se bat contre son propre "Bad Ren" interne (dans sa chanson "Hi Ren", plus d'infos plus bas) : "tu dois te tuer toi-même si tu veux me tuer, moi".
Alors une piste possible, c'est de mettre de la conscience. Juste, un peu de conscience. Lorsque l'on bascule dans le jugement. Lorsque l'on va au-delà de la simple catégorisation. Lorsque la petite voie vient nous susurrer quelque chose à l'oreille. Lorsque Jiminy-Cricket prend la tangente et fait des siennes.
Lorsque l'on bascule dans des mots, des expressions, des phrases, des comportements ou des attitudes "en mode automatique". Face à des personnes, des situations, des faits, ou même des impressions. Juste, se poser, un instant. S'interroger. Questionner. "Est-ce bien moi qui penses cela ? Ou est-ce juste mon égo qui s'active ?"Car mettre de la conscience permet de désarçonner l'égo.

Bien évidemment, il ne s'agit pas d'atteindre un état précis, pérenne, et total. Et non, ce n'est pas simple. Ren le dit bien dans sa chanson. "It's an eternal dance". C'est une danse perpétuelle. Si cela n'a rien de facile ni d'évident, c'est un chemin possible, et beau. Vers plus de connaissance de soi, d'avancée dans ce mystère permanent, dans ce questionnement fondateur. Et, par là-même, vers plus d'authenticité. Si vous êtes arrivés jusqu'ici dans votre lecture, le chemin a déjà commencé.

Je renvoie donc vers quelques mots de Ren. Il évoque les troubles psychologiques, mais quelque part ces phrases peuvent être transposées dans ces questionnements-là. En tous cas, ça me parle.
Il n'y avait pas vraiment de gagnants. Ni vraiment de perdants.
[...]
Ce n'était pas le combat de David contre Goliath.
C'était un pendule, se balançant indéfiniment entre l'obscurité et la lumière.
Et plus la lumière brillait fort, plus l'obscurité convoquait une ombre épaisse.
Ce n'était jamais vraiment une bataille à remporter pour moi-même.
C'était une danse infinie.
Et comme toute danse, plus je me faisais rigide, plus c'était compliqué.
Plus je galérais avec mes pas maladroits, plus je me débattais.
Alors j'ai grandi, et j'ai appris... à me relâcher.
Et j'ai appris à adoucir. Et la danse est devenue plus facile.
C'est cette danse éternelle qui sépare les êtres humains des anges, des démons, des dieux.
Et je ne dois pas oublier,
Nous ne devons pas oublier,
Que nous sommes juste des êtres humains.

voir la vidéo

Pour ceux qui veulent aller plus loin, je recommande l'ouvrage "nouvelle terre" d'Eckhart Tolle. Juste, cet ouvrage. Pas un autre ou des vidéos de lui.


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