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Comment voyager ?

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Comment voyager ?
Edole 25 août 2020 à 10:18

J'ai travaillé trois ans comme agent de voyage et une réflexion m'est venue, peu à peu :
Quelle est la meilleure façon de voyager ?

Ce qui nourrit ma réflexion est, d'une part, la culpabilité écologique (car voyager pollue, consomme et nuit bien trop souvent à la contrée visitée si trop de gens la visitent) et, d'autre part, la philosophie du voyage, que je résumerai ainsi : on peut voyager de manière superficielle, extensive ou intensive.

Concernant l'aspect écologique, de nombreux voyagistes indépendants (car l'écologie n'est pas défendue ni pratiquée par de grosses entreprises du tourisme, il faut arrêter de rêver - sinon, on ne vendrait plus de croisières sur des paquebots) tentent de compenser le coût carbone de l'avion en proposant des moyens de transport plus respectueux de l'environnement une fois sur place. D'autres encore s'attardent sur la façon de loger ou sur les retombées positives du tourisme sur les populations locales.

Le deuxième aspect, donc, est la philosophie du voyage.
Car enfin, comme je le mentionnais plus haut, il existe selon moi trois manières de voyager :

1 - Superficiellement. C'est la manière pratiquée par le plus grand nombre de touristes. On se pose à un endroit, on va dans les musées des environs ou à la plage, on va parfois dans un restaurant (pas trop) local pour "s'encanailler" si on n'est pas en pension complète, puis on rentre chez soi en disant "j'ai fais le Brésil/la Chine/la Thaïlande". Parfois même, on pense être un globe-trotter en partant faire un tour de quelques sites touristiques. Et on coche les pays sur une carte.
Vous aurez compris que je ne supporte pas cette expression "j'ai fais/vu tel pays" : qu'y as-tu fais, qu'en as-tu vu, qui y connais-tu ? Qu'as-tu appris sur place ? Quel pourcentage du pays ou de la ville en question as-tu visité pour pouvoir dire ça ?

2 - Extensivement. Vous prenez un sac-à-dos et vous faites le tour de plusieurs lieux, vous rencontrez des gens (et vous essayez de communiquer avec eux sans trop trembler), vous voyez des paysages, vous êtes forcé de manger local et d'utiliser des moyens de transports locaux, vous vivez avec les gens du coin, par la force des choses, tout en restant un voyageur de passage. Ça vous permet de vous faire une vue d'ensemble de la région visitée et de pouvoir affirmer "je connais cet endroit, j'ai dormi chez Bolor et chez Kim, j'ai aidé monsieur Thruong à ramener ses courses chez lui, j'ai donné des cours d'anglais aux enfants du quartier d'une petite ville de campagne, je n'ai pas pu prendre le train parce qu'il n'y en a qu'un tous les deux jours, je dois envoyer des photos à telle famille". C'est un voyage riche, mais qui prend un peu de temps et demande de vous déplacer (or, un déplacement, ça coûte cher et ça pollue).

3 - Intensivement. Vous choisissez un "QG" en plein milieu d'une zone de l'arrière-pays et vous découvrez tout ce qu'il y a à découvrir dans les environs pendant une période donnée (mettons six mois ou un an). Vous faites tous les festivals, vous participez à la vie locale, vous êtes invités aux rites de passage. Vous risquez, par contre, de finir par vous intégrer à peu près, trouver un boulot ou vous marier. 😜
Vous n'aurez par contre pas découvert le pays, mais seulement une province donnée (si le pays comporte de nombreuses cultures locales, vous n'en aurez rien vu).

Vous l'aurez compris, je privilégie une alternance des deux dernières méthodes. Pourquoi ne pas répéter l'opération plusieurs fois ? Seulement, cela demande du temps et il faudra que vous fassiez le deuil de l'illusion de pouvoir découvrir le monde entier : si quelqu'un vous dit qu'il a fait le tour du monde, quelque part, il mentira toujours. Nous ne connaîtrons jamais rien du monde, quand bien même nous passerions un an dans chaque pays du monde et vivrions jusqu'à 120 ans. (Je n'ai rien contre les tours du monde, je dis juste que j'en resterais frustré)
Pour ma part, je préfère apprendre à connaître (même un peu) plusieurs cultures très différentes (et les langues locales) que de me reposer à la piscine de l'hôtel ou sur une plage privée, entouré de grilles pour bien m'isoler de la plèbe. Et vous, quel est votre opinion : comment aim(eri)ez-vous voyager ? Et pourquoi ?

Merlinle 25 août 2020 à 10:42

Avertissement : ce post va déplaire à beaucoup

Puisque tu parles de "culpabilité écologique" (le terme est faible, de mon point de vue), je crois bon de rappeler que le secteur du tourisme représente 8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ce qui est supérieur à ce que les humains émettent dans leurs habitations pour se chauffer et cuisiner. De plus, avant le Covid, ce secteur progressait de 4% par an. Et je ne parle pas des dégâts environnementaux et économiques (dépendance des pays pauvres vis à vis des pays riches pour une activité non productive localement). Tout ça pour un loisir !

Eliminons d'emblée ton numéro 1, @Edo . Je crois que nous sommes d'accord que ce tourisme de masse n'est qu'un brossage d'ego arrosé d'effet de mode (qui dure).
Mais même pour le 2- (le 3- c'est juste une "relocalisation" dans une autre région du monde, non?) je crois que nous avons depuis longtemps dépassé le stade où l'on peut se permettre de ruiner l'environnement et la biodiversité pour une activité de distraction et de convenance personnelle. Voyager n'est pas vital (du moins pas pour la plupart d'entre nous). Et pour des surdoués, la puissance de l'esprit devrait quand même permettre de percevoir le monde sans avoir à poser ses godasses imprégnées de kérosène (ou de fuel pour bateaux) dans tous les recoins de la planète.

Je serais partisan de calculer le coût environnemental global du tourisme et de le répercuter directement sur les "voyageurs", et on verrait qui cela motive. Cela deviendrait probablement une activité de (très) riches, comme au XIXème siècle. Mais au moins, on contribuerait à enrayer (un peu) la crise climatique qui ne fait que commencer à nous débouler dessus.

On peut découvrir plein de choses juste à côté de chez soi, il suffit de savoir regarder, et de ne pas avoir la folie des grandeurs ;)

Edole 25 août 2020 à 11:18

Et je suis entièrement d'accord avec toi @Merlin. Mais (il y a un mais, sinon pourquoi répondre) cela exclu un aspect du voyage : les rencontres. Je ne pense pas que je comprendrais les Sud-américains, les Slaves ou les Est-asiatiques comme je les comprend maintenant, si je n'avais pas beaucoup voyagé. J'aurais pu, à la rigueur, les connaître en les faisant venir chez moi (accueillez des étudiants étrangers un an chez vous avec un organisme comme WEP, par exemple, qui élimine le lien toxique de l'argent, et vous voyagerez par procuration), mais vivre avec eux, chez eux, permet de bien mieux les comprendre, ce qui est intéressant dans le cadre de notre village global. On est ainsi bien mieux préparé à se défendre contre les agressions permanentes de la propagande de nos propres médias, par exemple. On peut aussi découvrir des systèmes de pensée insoupçonnés, qui ont beaucoup à nous apprendre.

Par ailleurs, en ce qui concerne le voyage mental, tu ne pourras jamais te représenter les sons et les odeurs inconnus, par exemple. Comment savoir que la Chine sent la poussière du grenier de ma grand-mère ? Qu'une simple connaissance peut vouloir te tenir par la main comme un amoureux, simplement parce qu'il te trouve sympa et que vous êtes "frères" parce que nés la même année ? (Ça, ce n'est peut-être pas agréable, certes) Comment me représenter le goût de la ricotta encore tiède et des fruits locaux ? Rien qu'à me souvenir du Brésil, je vois les rues en pente à perte de vue, les gens qui marchent en claquettes en portant des petits fours portatifs pour faire griller du fromage, je sens l'odeur du pão de queijo au petit matin. La Mongolie m'évoquera toujours le goût de l'alcool de petit-lait, la violence et l'extrême charité des habitants. Les goûts, les sons, les odeurs, les couleurs, les émotions, les modes de pensée différents... Tout cela, je n'aurais pas pu le connaître sans voyager.

Dans mon premier message, j'ai caviardé un passage, que voici :
Il est ainsi possible, par exemple, de se poser à l'aéroport puis de prendre un taxi-brousse, une pirogue ou un touk-touk à pédales pour aller dormir dans un logement éco-responsable et dépenser son argent en veillant à ce qu'il atterrisse dans les poches des locaux et dans les fonds d'une oeuvre locale de protection de l'environnement, de recyclage, d'éducation, etc.
Cela est peu mis en avant, quand bien même le coût est parfois/souvent moins élevé qu'un séjour dans un hôtel 5 étoiles, mais cela existe. Il faut seulement chercher beaucoup pour certaines destinations. Et cette recherche dissuade le consommateur moyen (parce que oui, un voyage, c'est un produit de consommation), même s'il était soucieux d'écologie au début.
Sans compter qu'il y a, parfois, la sécurité qui entre en jeu (inévitablement, si vous partez dans un pays plus pauvre que le vôtre, vous vous exposez à des gens qui peuvent vous envier). Cet aspect rend difficile la réalisation de voyages éco-responsables dans les grandes villes (il est toujours plus facile d'être en sécurité dans un hôtel de luxe que dans une petite maison de Rio de Janeiro, même si les deux sont entourés de barbelés).
Ajoutez-y que la publicité favorise les grosses entreprises, évidemment.

Je suis convaincu qu'il doit y avoir moyen de réinventer le tourisme. Effectivement, cela passera probablement par des taxes. Mais à qui ces taxes seront-elles reversées ? Si c'est à nos propres États, ce ne serait qu'une taxe de l'Occident sur le reste du monde. Une injustice de plus dans un monde déjà injuste. Alors, créer une organisation internationale du tourisme, qui taxerait le coût environnemental et distribuerait les fonds aux pays qui souffrent le plus du tourisme ? Comment s'assurer que ce ne soient pas les pays riches qui en profitent le plus, alors qu'eux ont bien souvent les moyens de rendre négligeables les effets néfastes du tourisme ?

Comment éviter de priver 15% à 20% des habitants d'un pays pauvre de leur seul revenu ?
Pour rebondir sur la crise sanitaire actuelle : https://www.globe-trotting.com/post/crise-tourisme-covid-19

Dariale 25 août 2020 à 12:38

Hello tout le monde,

Euh... Je vais être très désagréable aussi.
(Enfin, un concours fait pour moi ! :)

Je suis totalement d'accord avec Merlin.
Sans le "mais" ;).

Évidemment, Edo, le voyage intérieur ne remplace pas, en termes d'expérience, le voyage réel. Je ne crois pas que Merlin ait dit le contraire.
Mais à l'heure où notre planète se meurt, littéralement, je crois que le bon sens veut qu'on renonce au Brésil et à l'odeur du pão de queijo au petit matin. Parce que le rapport coût (pour la planète) / gain (l'enrichissement de mon expérience personnelle) est aberrant. Aucun enrichissement d'expérience ne vaut qu'on annihile le futur de nos gamin·e·s.

Alors oui, l'expérience intérieure c'est moins "vivant". Mais c'est sans doute la seule chose qui soit raisonnable dans ces conditions : disons que c'est faute de mieux...

Tu parles de la question économique... Quand il fera 8°C de plus sur la planète, parce que (entre autres) les Occidentaux auront continué de voyager pour "contribuer au développement" de pays plus pauvres, comment vont vivre les habitant·e·s de ces pays là justement ?
Quel genre d'agriculture va résister en Afrique par exemple ?
Où vivront celleux dont les îles auront été englouties ?
Qui fera encore des enfants quand il y aura des jours à 50°C à Bamako ?
Et que le désert menacera de toute part...
Je pense que parler d'économie ( = de contribuer au développement des pays visités) pour justifier nos voyages est un prétexte pour se donner bonne conscience et continuer à polluer... en nuisant ainsi "sereinement" à leur futur. (Hum, j'avais prévenu que j'allais être désagréable... j'ai du talent, non ?! ^^).
Si on veut aider ces pays à se développer, il y a d'autres moyens, moins polluant et plus émancipant pour eux. Je parle d'émancipation, parce qu'en plus d'être polluante, une économie basée sur le tourisme maintient dans la dépendance de la présence de ce tourisme justement, et de tout ce qu'il faut faire pour le garder... Par contre, c'est sûr, ça fera moins de beaux souvenirs de couchers de soleil pour nous, de participer de loin à ce développement (par exemple avec de l'argent en misant, allez, au pif ^^, sur l'autonomie alimentaire d'un quartier), plutôt que de réaliser notre vieux trip d'aller voir le Machu Picchu...

Je regrette de dire tout ça, parce que j'ai beaucoup (beaucoup) aimé voyager à un moment de ma vie où j'étais nettement plus jeune et où la question du climat ne se posait pas pour moi (ni pour beaucoup de mes contemporain·e·s)... le temps bête de l'innocence. Comprenons-nous bien, je ne dis pas que ce n'est pas merveilleux de voyager, ça l'est, je dis juste que c'est anachronique et assez égoïste à présent. (Voilà, j'ai gagné le concours de la "méchanterie" là, non ?)

Je finis quand même sur une note un peu positive : il existe tout de même des modes de voyage qui sont écologiquement sains (on voyageait peu et lentement autrefois, mais sans détruire la planète. C'est notre façon contemporaine de le faire qui est délirante...et en grande partie à cause du transport). Ces façons de voyager, plus respectueuses de la planète, ne sont pas aussi accessibles que celles du tourisme actuel : ça nécessite du temps, de l'effort physique, d'accepter l'absence de confort, de renoncer à beaucoup de destinations et à l'idée de faire 35 voyages dans sa vie...
La marche à pied (j'ai une collègue qui part faire le tour de la Méditerranée en 18 mois : elle s'en va avec ses basket, sa tente et une belle dose de panache :), le vélo, le cheval, etc., ça c'est à réinventer.
Hadi·e·s voyageur·euses ! Tout n'est pas perdu.

Voilà, je pense que j'ai quand même gagner ma place sur la marche n°1 du podium des pénibles...
Je m'en excuse (mais pas trop), et vous souhaite une belle journée à tou·te·s !

Portez-vous bien.

Merlinle 25 août 2020 à 13:20

Bon, ben @Daria m'a devancé sur les arguments que j'aurais avancés. Du coup je ne peux qu'abonder en son sens. Et oui, la justification économique du tourisme est aussi une méthode post-coloniale de maintien de certains pays dans un asservissement économique aux "grandes puissances" d'où viennent les touristes :)

Pour rajouter aux manières respectueuses, partir en voilier, en dirigeable ou même en train (comme à la grande époque de l'Orient Express, mais en électrique renouvelable), ça peut se discuter... :)

Aurelle 25 août 2020 à 13:42

C'est amusant, parce que je suis d'accord avec tout le monde... 😜

Ce que je trouve aberrant (euphémisme...), c'est de voir que l'on peut prendre l'avion à prix cassés pour partir trois jours en Tunisie, et ce uniquement pour profiter de la piscine et de l'alcool à volonté au bar de l'hôtel (vous n'imaginez pas combien de fois j'ai entendu ce genre de récit...).
Ou pour quatre heures de réunion de travail à Boston, avec l'efficacité que l'on devine (et cela arrive bien plus souvent qu'on ne le pense).

Quelle est, si l'on considère uniquement l'avion, la proportion de voyages ou de voyageurs que cela représente (c'est une vraie question, je n'ai aucun chiffre) ?

Parce que, avions, voitures, je pourrais même ajouter internet et autres réseaux, ... le problème (à mon sens) est le même : c'est toujours une question de nombre, de fréquences, et de réelle utilité.
Je rapprocherais cela de ce que j'ai un jour entendu : "Que quelqu'un mette un gros coup de bombe insecticide, bon, ça permettra peut-être de se débarrasser d'un nid de frelons asiatiques invasifs et localement nocifs. Mais que trois milliards d'humains en mettent un, c'est un suicide collectif.".

Je voyage peu et jamais bien loin, mais à côté de ça, si l'on met de côté le pão de queijo, il y a des choses qu'il est sans doute malheureusement impossible de découvrir sans être sur place. Je pense aux modes de vie, aux philosophies de vie, à la manière dont se font les interactions sociales, ... Sans me montrer, je pense, outrancièrement naïf, il y a des choses parfois positives, que le voyageur peut peut-être ramener avec lui au bénéfice de sa société d'origine. En tout cas, certains récits de voyages qui m'ont été faits m'ont déjà donné matière à réflexion.

Bref, la vraie question ne serait-elle pas la modération (et réapprendre concomitamment la "lenteur", même si je trouve le terme fort peu approprié) ?
Accompagnée d'une certaine responsabilité : "Je vais faire 2 x 4000 km en avion en fin d'année. Soit. Que puis-je faire d'ici-là et par la suite pour compenser ? Que puis-je modérer par ailleurs ? Ponctuellement ? Sur le long cours ? Ou comment me rendre utile d'une autre manière ?"

PS : Bienvenue, Edo ! 😉

Dariale 25 août 2020 à 14:34

Merci @Aurel d'apporter ta vision avec ses nuanceries et ta bonne humeur :)

Je ne vais pas repartir sur le fond parce qu'il est l'heure pour moi de décoller, mais je voulais juste revenir sur un point :
@Edo, déjà merci d'avoir lancé cette question, parce qu'elle est importante et qu'on se la pose tou·te·s !
C'est une question difficile et, pour ma part, plutôt douloureuse. Je voudrais préciser que je n'ai pas répondu "contre" ce que tu écris (et encore moins contre toi ) au sens où je trouve que tu as raison sur la beauté et l'importance intérieure des voyages. Comme Aurel. Et je sais bien que, de ce point de vue, ma réponse est très insatisfaisante en tant qu'elle implique un véritable renoncement.
Si je l'ai écrite c'est que, moi, vu l'état de la Terre, je ne vois pas d'autre solution. (Et pas - mais pas du tout- parce que je considérerais l'expérience de ces voyages comme négligeable. Là-dessus je suis entièrement d'accord avec vous).
J'espère Edo que, dans ses conditions, tu pardonneras ma vision un peu radicale. Et surtout que ça ne te dégoutera pas de participer à ce forum, qu'on soit d'accord ou non, j'ai trouvé tous tes posts intéressants : clairs, argumentés et bien écrits !

Bonne journée :)

Merlinle 25 août 2020 à 16:06

@Aurel je crois qu'on a dépassé le stade des petites compensations de voyages de 4000km. Nous avons besoin d'un changement radical de mode de vie, et s'il faut sacrifier les "choses positives" ramenées par les voyageurs pour casser un système destructeur, je crois qu'il est aujourd'hui indispensable de le faire. Après tout, avant les années 70-80, nos parents et nos aïeux vivaient très bien sans faire de longs voyages en avion, et je ne pense pas qu'ils aient manqué d'ouverture sur le monde, à leur manière. Et ils n'avaient pas Internet.

Au passage, 4000 km en avion, c'est énorme. Et ce qu'on envoie dans l'atmosphère ne se compense pas, d'autant que nous n'avons aujourd'hui aucune technologie CO2 négative. Même la reforestation a ses limites. Je ne crois pas qu'on puisse se dire "je vais me priver de ça mais je me paie un voyage en avion en échange" si l'on veut vraiment arrêter la catastrophe qui nous pend au nez.
(au passage : https://reporterre.net/L-avion-emet-1-500-fois-plus-de-CO2-que-le-train)

Je trouve dommage que de nombreuses personnes (j'en connais plein) qui sont conscientes des enjeux environnementaux, qui ont même des positions marquées sur le sujet, deviennent tout à coup très laxistes lorsqu'il s'agit de leurs vacances lointaines, et trouvent des tas de justifications bidon pour ne pas y renoncer. Parce que si même ces personnes-là ne sont pas prêtes à faire cet effort, on peut se préparer à de sacrées canicules, sécheresses et tempêtes d'ici 2050... Donc oui, comme le dit @Daria , c'est des renoncements. Mais ils sont urgents.

Edole 25 août 2020 à 19:37

Alors tout d'abord... merci de vos réponses (vous m'avez fait pensé à des éléments qui m'échappaient et même convaincu de certains points, ce qui est bien rare sur internet) ! Et non, je ne me sens pas offensé parce que des gens osent être en désaccord avec moi - parce qu'ils ont des arguments étayés et qu'en plus, ils sont courtois. Alors merci à vous. 😄

Dans tous vos arguments, quelques éléments ressortent, que je paraphraserai grossièrement ainsi :
- le procès du tourisme est en fait celui de l'avion, principal moyen de transport ;
- nos ancêtres ne voyageaient pas tant et le tourisme ne nous a rien apporté par rapport à eux
- le tourisme est un leg du post-colonialisme, arrêtons de voyager !

1. Tourisme = avion

Déjà, le premier argument, en fait, a l'air moisi dit comme ça : l'avion ne compose en fait que 12% des émissions de CO2 des moyens de transport, contre 74% pour la route et 11% pour le bateau (chiffres de l'Agence Internationale de l'Énergie). Il faut ajouter que l'avion émet moins de particules fines et que, en matière de transport touristique strict, il est moins dommageable que le bateau.
Petite source qui va bien, aussi :
https://youmatter.world/fr/avion-pollution-voiture-comparaison/
et https://www.futura-sciences.com/planete/questions-reponses/pollution-transport-co2-part-emissions-1017/

Seulement, si je m'arrêtais là, je ferais preuve de malhonnêteté intellectuelle : ce n'est pas parce que quelque chose est "moins mauvais" que c'est bon. Et concernant l'avion, particulièrement, ce qui pollue le plus sont les phases de décollage et d'atterrissage (alors que les croisières polluent en permanence et génèrent une quantité faramineuse de déchets... oui, j'ai une dent contre les paquebots, promis j'arrête).
Il est dès lors parfaitement criminel de prendre l'avion pour faire des "sauts de puce", surtout avec un avion quasi-vide (je vous raconte pas l'espace sur la ligne Ryanair Charleroi-Cracovie le lundi matin, même si elle est très pratique pour retourner au boulot après un week-end en famille et qu'elle ne coûte que 50 euros; aller-retour). Seulement voilà : cette ligne existe (ou existait). Elle ne devrait pas pouvoir exister. Un avion qui part quasiment à vide pour une distance aussi ridicule, ça ne devrait pas être autorisé. Là, il y a un scandale évident et matière à légiférer.
Ces vols, seulement, n'entrent que dans une catégorie bien précise de tourisme, une saloperie que l'on nomme "city-trip" (et bon sang, j'en ai vendu plein de ces horreurs !).

Enfin, autre bémol de l'argument avion=tourisme... ben les avions cargos, ça existe. Et ça fait une grosse part du trafic. Alors que ça peut presque systématiquement être remplacé par le bateau qui, dans ce cas précis, devient souvent moins polluant car il s'agit de super-tanker. Sauf que... sauf que si vous vous souvenez de l'explosion de Beyrouth dernièrement, vous vous rendrez compte que le trafic par bateau, c'est pas non plus la top solution. Dans l'aérien, les patrons sont tout aussi malhonnêtes, mais nettement plus sérieux au niveau de la sécurité (ne fut-ce que parce qu'un avion, quand ça tombe en panne, ça tombe en faisant beaucoup de bruit... et ça, c'est une très mauvaise publicité).

Hé non, les vrais chiffres de la pollution générée par le tourisme ne sont pas si faciles à obtenir. Sans compter que ce serait aussi malhonnête d'oublier toute les dommages "annexes" : déchets produits et abandonnés n'importe où, trafics en tout genre (j'ai déjà eu le plaisir de dire à un type que je refusais de lui vendre un voyage qui, au vu de ses questions, avait pour but d'aller se taper des mineur(e)s en Thaïlande), etc.


2. Nos ancêtres ne voyageaient pas tant

C'est exactement pour cela qu'on a inventé les zoos humains et le racisme.

Sans déconner, il est assez net que l'apparition du tourisme de masse est également liée à un changement des mentalités et du rapport à autrui. C'est plus facile de dire "tous les noirs sont stupides, tous les jaunes sont sournois" quand personne n'en a jamais rencontré, à part les colons qui les emploient comme "boys".
Tant que seules les élites voyageaient, c'était aussi un privilège de la classe dominante qui, donc, s'en servait comme d'un outil pour propager ses idées, renforçant sa propre supériorité (il a dit que les noirs sont des esclaves naturels, il doit avoir raison, parce que lui au moins il a voyagé...).
Et puis un jour, les gens de classe moyenne aussi se sont mis à voyager... et nous avons eu les hippies (oui, le raccourci est volontaire).

Non, sans rire : le fait est réel. Voyager, selon différentes études en sciences sociales, rendrait effectivement moins raciste. Le fait semble être en partie lié à l'éducation du cerveau dans la reconnaissance faciale des différentes ethnies (on fini par voir des individus au lieu d'une masse informe et menaçante), mais pas que. On s'aperçoit, aussi, que les "autres" sont des gens "comme nous" : the Russians love their childrens too
Deux sources de vulgarisation du sujet (là, tout de suite, j'ai la flemme d'éplucher le "Journal of Personality and Social Psychology" qui est souvent payant ou de trouver un article sur le Cairn) :
https://www.axellemag.be/quand-tourisme-rime-avec-racisme/
https://anneessabbatiques.com/2017/12/10/voyage-enrayer-racisme/
(Oui, un magasine non-scientifique et un blog, il y a plus sérieux comme sources, mais c'est pas mal pour débuter).


Le tourisme est un leg dont il faut se débarrasser

Et que fait-on pour les, approximativement, 250 millions de gens qui en vivent ? (en moyenne 20% des habitants du tiers-monde n'ont que ce seul moyen de subsistance, pour eux et leur famille, rien d'autre). Au total, cela représente donc de 500 à 750 millions de vies humaines (si on ajoute un modeste chiffre de 2 enfants à charge).
Avons-nous une conversion durable à proposer, avant de les laisser crever la bouche ouverte, ou bien comptons-nous ériger des murs et des barbelés de plus en plus haut autour des pays riches ? Allons-nous simplement tirer sur une partie et réduire l'autre en esclavage ?
On ne peut pas revenir en arrière. Cela tient du fantasme. On peut réduire notre consommation, diminuer notre production, même décroître, mais pas effacer totalement ce qui est devenu une ressource vitale pour tant d'humains. Et surtout, ce n'est pas ça qui constituera un levier si puissant contre le réchauffement. Au contraire, on se privera d'un outil... au seul bénéfice des riches qui ne seront certainement pas les alliés du genre humain.

Par contre, on peut voyager autrement. Moins, mais plus longtemps. Effectuer les voyages proches (qui ne sont pas du "tourisme") avec des moyens plus responsables. Mais supprimer le tourisme ne pourra, à mon sens, que mener à une chose : jeter des millions de gens dans la misère, partout dans le monde. Or le tourisme, tout comme les autres services (le secteur tertiaire), est le moteur principal d'une transition économique, c'est-à-dire de l'émergence d'une classe moyenne, d'une augmentation de l'éducation... et sans éducation, point de salut : pas d'enfants conscients des problèmes écologiques, pas de filles éduquées pour freiner la croissance démographique, pas assez d'élites locales pour développer leur propre pays. Rien qu'un long post-colonialisme en attendant que finisse de s'allonger la zone intertropicale.
Ne plus voyager tous les ans, mais tous les quatre ou cinq ans, pour des voyages quatre ou cinq fois plus long, en veillant à l'équité de ce voyage : voilà une équation qui me parait plus raisonnable. Mais là, c'est une opinion, plus un fait.

Aurelle 25 août 2020 à 19:48

Je parlais de 4000km, parce que c'est généralement beaucoup plus compliqué avec d'autres modes de déplacement.
Si j'avais parlé de 400km, je me serais moi-même admonesté...
Je suis sur une ligne vraiment très proche de la vôtre, Merlin et Daria (au passage, Daria : joli trait d'humour ^^), et je vous comprends au demeurant absolument, mais...

Je ne sais pas comment, avec concision, exprimer le plus précisément et le plus clairement possible le fond de ma pensée, mais je vais essayer.

Rebondir sur ceci me le permettra peut-être :
citation :
"je vais me priver de ça mais je me paie un voyage en avion en échange"


C'est le processus inverse de celui que j'essayais d'aborder. Dans cet exemple, le voyage serait une récompense suite à un effort. Non : l'effort doit être un devoir personnel en contrepartie du droit à l'excès ponctuel que l'on s'est potentiellement soi-même accordé. Et si l'effort est plus important, alors c'est tant mieux.

Mon message ne parlait ainsi pas particulièrement de mon cas personnel, mais de la façon dont j'envisage un possible, de manière plus générale et plus globale (même si c'est la manière dont j'essaie de fonctionner au quotidien. Et puis, j'ai toujours eu un faible pour le train. 😉).

En somme, pour vraiment schématiser et réduire mon... heu... sentiment (?) : notre nature humaine étant ce qu'elle est, à mon humble avis (je peux me tromper) seule une minorité parmi celles et ceux qui en ont les moyens acceptera de ne jamais prendre l'avion. Qu'ils soient bien conscients ou non des enjeux. Ce sera une "privation" (avec des guillemets !), totalement à leur honneur, de quelques-uns qui hélas ne permettra pas de changer la donne pour la planète, car jamais appliquée à une échelle suffisamment importante.
Et ce serait de toute manière insuffisant.
En revanche, la notion de modération, la notion de responsabilité, de devoirs personnels accompagnant des droits que l'on s'accorde (éventuellement), me semble peut-être plus "entendable" et à même de déboucher rapidement sur des évolutions concrètes, sur des cycles plus vertueux, sans que cela puisse être considéré comme des formes de "privation" (surtout dans notre société...) ? Comme une manière de gagner sur toute la ligne, en ne se privant pas beaucoup, mais en "payant réellement son dû" ?

La catastrophe, nous en avons déjà de sérieux prémices.
La question est désormais : comment éviter au mieux de l'aggraver, tous ensemble, là, dès maintenant et dans la pratique, y compris avec ce voisin qui n'est pas du tout prêt à abandonner son "rêve" d'aller à Bora-Bora ?

Désolé pour le hors sujet. :-/
D'autant que je suis loin d'être pleinement satisfait du résultat de mon exercice.

[EDIT] Ah, Edo tu as posté pendant que je tapais au clavier...

Merlinle 25 août 2020 à 20:07

@Edo je vois qu'on ne peut pas être d'accord, mais ça ne m'étonne pas, vu que tu as annoncé la couleur en expliquant que tu avais bossé dans le secteur du tourisme ;)

Concernant les chiffres de l'empreinte carbone du tourisme mondial, la source est là :
https://www.nature.com/articles/s41558-018-0141-x et non, ce n'est pas que l'avion.
Pour le fait que l'avion pollue "moins," le lien que j'ai mis dans mon post précédent vers l'article publié sur Reporterre (et qui est signé d'un scientifique spécialiste du sujet) doit apporter les arguments contraires à certains de ceux que tu avances.

Croire que le tourisme de masse puisse avoir une quelconque mission "civilisatrice" me laisse pantois. Des hordes de beaufs en quête de soleil et de dépaysement ne vont pas ouvrir l'esprit de qui que ce soit. Et supprimer le tourisme ne revient pas à couper tous les contacts : les transports des humains et des idées, ça se fait aussi dans un domaine professionnel (ou para professionnel) et via tous les moyens de communication modernes dont les pays "cible" du tourisme ne sont pas dépourvus, loin de là. Et oui, tu as raison @Edo , il faudrait aussi revoir tout le système de transport et de commerce mondial, mais comme ce n'était pas le sujet... :)

Quant au "de quoi ils vont vivre tous ces gens," on ne peut pas justifier une industrie mortifère sous prétexte que des gens y travaillent. Sinon, pourquoi a-t-on arrêté de produire de l'amiante, du DDT ? Après tout, des tas de gens en vivaient !
Ces "gens," je leur fais confiance. Les économies des pays dits "en voie de développement" n'ont pas de raisons d'être incapables de s'organiser si elles ne sont pas pillées par les occidentaux et leurs marionnettes. Peut-être que la disparition de cette ressource (qui est bien une dépendance à l'occident et l'héritière du colonialisme) pourrait mener les peuples de ces pays à effectuer quelques changements en interne s'ils arrivent à se débarrasser des interférences des soi-disant "civilisateurs".

Mais bien sûr il n'y a pas que le tourisme à changer. Pour encaisser le choc climatique, il va bien falloir, aussi, réfléchir à nos modes de production et à la sacro-sainte économie mondialisée. C'est un phénomène complexe, avec des répercussions en cascade. J'ai évoqué le tourisme de manière séparée parce que c'est le sujet de ce fil, mais c'est loin d'être la seule chose à changer d'urgence :)

Bon j'arrête là, je crois avoir suffisamment exprimé mon point de vue sur le sujet et je ne voudrais surtout pas monopoliser le fil :)

[EDIT] et @Aurel tu as posté pendant que je tapais mon texte ;)

Dariale 27 août 2020 à 01:15

Hello,

Alors devinez quoi !?
Je suis encore d'accord avec @Merlin... je parie que personne ne s'y attendait ^^.

Bon juste un truc qui m'a un peu chiffonné Merlin. On peut avoir travaillé dans certains secteurs, avoir faits certaines choses dans sa vie, et avoir changé d'avis depuis...


Je reviens sur les différents points que tu évoques @Edo.

1. Le tourisme responsable de 8% des gaz à effets de serre => la question des transports.

L'avion n'est évidemment pas le seul incriminé.

Toutefois, en ce qui concerne en particulier l'avion, puisque c'est l'objet qui t'a amené à répondre, j'attire ton attention sur deux points :

A. les avions contribuent au réchauffement climatique non seulement à cause de leurs émissions en CO2 (que tu as comptabilisé) mais aussi par d'autres biais (que tu ne comptabilise pas : l'article https://www.futura-sciences.com/planete/questions-reponses/pollution-transport-co2-part-emissions-1017/ que tu cites n'en parle pas*). citation :
« Parmi les autres effets les plus significatifs, les oxydes d'azote (NOx) émis dans la haute atmosphère entraînent une réduction de la quantité de méthane (CH4) et une production d'ozone (O3), deux gaz à effet de serre, ainsi que les traînées de condensation et les cirrus (nuages de la haute atmosphère) qui ont tous deux un effet réchauffant.

Sans même compter la contribution des cirrus, dont l'estimation reste très incertaine, l'effet réchauffant des émissions de l'aérien, appelé forçage radiatif, est ainsi deux fois plus fort qu'en prenant en compte seulement le CO2. Il conviendrait donc de multiplier par deux l'ensemble des chiffres [des émissions en CO2] pour mieux refléter l'impact climatique de l'aérien comparé aux autres modes. » (https://theconversation.com/impact-du-transport-aerien-sur-le-climat-pourquoi-il-faut-refaire-les-calculs-116534, d'un doctorant de polytech).


Ce n'est pas exactement négligeable, d'autant que les chiffres du CO2 sont parfois multiplié par 3 cela dépend des méthodes d'estimation (je pense que cela vient du fait qu'il est difficile d'évaluer précisément l'impact des cirrus sur le forçage radiatif, c'est pourquoi le précédent article ne les as pas pris en compte) :

citation :
« le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) utilise le forçage radiatif qui mesure les conséquences des activités passées et présentes sur la température globale. Il a estimé que le forçage radiatif dû à l'aviation représentait 4,9 % du forçage radiatif total de 1790 à 2005, environ trois fois plus que le seul impact du CO2. » (indique Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Impact_climatique_du_transport_a%C3%A9rien et non je suis pas aller vérifier la source dans les rapports du GIEC ^^)


Par contre, Edo, je t'ai trouvé un petit article scientifique qui exemplifie ça (avec l'incorporation d'un coefficient 2 aux émissions de CO2 de l'aviation du coup) avec un pays que tu aimes bien : les émissions de gaz à effet de serre lié au tourisme au Brésil, c'est ici https://journals.openedition.org/confins/11852 (cf en particulier §23 à 28 et conclusion).

Bref, ne prendre en compte que les strictes émissions de CO2 pour considérer l'impact de l'aviation en termes de réchauffement n'est pas acceptable. Et si on multiplie, comme dit, les chiffres des émissions de CO2 de l'aviation par 2 ou par 3, pour mesurer l'impact réel en termes de réchauffement, là on prend peur...

(Au passage, dans cette optique, ce ne sont pas seulement les sauts de puces ou les« city trip » qui posent problème, l'effet sur le forçage radiatif est tout aussi inquiétant pour les moyens et longs courriers !)

(Et évidemment, là je ne te parle même pas du coût pour la planète de la production des avions et de ce qu'ils deviennent en tant que déchets en fin de vie, ni de ce qu'implique la construction/l'agrandissement ou le fonctionnement normal d'un aéroport...).

B. Toute les prévisions (même post-confinements) s'accordent sur le fait que la part de l'aviation transportant des personnes ( = tourisme et travail) devrait croître dans les deux prochaines décennies et avec elle les effets nocifs produits... (cf. par exemple cet article de l'agence internationale de l'énergie : https://www.iea.org/reports/aviation).

Bref, on ne parle pas que de l'avion c'est certain quand on parle des conséquences du tourisme en termes de gaz à effet de serre. Mais, faire comme si l'avion n'était pas un vrai GROS problème là-dedans, ne me semble pas non plus entendable. Il est un problème majeur : bien assez nocif pour qu'on en récuse tout usage touristique.

(Sans contredit bien entendu, du fait que les autres usages de l'aviation sont tout aussi polluants et problématiques...)

Fin du topo « avions ».

A propos des autres sources de pollution liées au tourisme, je n'ai pas compris en quoi ton paragraphe sur ce point était une objection. En effet, tu a été le premier à remarqué que le tourisme de croisière par exemple est aussi super polluant. C'est tout à fait vrai.

On pourrait aussi discuter de toutes les autres formes de pollution induites par le tourisme, mais là ce serait enfoncer des portes ouvertes, non ? Bref, le tourisme est une source du réchauffement climatique, et qui va en augmentant (et l'aviation y contribue gravement).


2.Voyager a rendu les classes populaires moins racistes ?

Le XXe siècle a vu l'avènement des congés payés en Occident qui ont entrainé un tourisme de masse d'une part. Et, d'autre part, il a vu des guerres de décolonisation, la naissance de l'ONU (avec le PIDCP et la déclaration des DH) et différents mouvements pour les droits civiques qui ont eu (grosso modo) pour résultats de rendre illégales un certain nombre de pratiques et discours racistes : que ces deux phénomènes soient plus ou moins concomitants, certes. Par contre, je ne vois aucun lien de causalité entre les deux.

Ton argument** qui consiste en l'idée que côtoyer davantage d'êtres qu'on juge différents de nous les rendraient plus humains, plus semblables à nos yeux et ferait donc baisser le racisme se heurte à un nombre colossal de contre-exemples. Évidemment on pense aux États-Unis en premier (mais on pourrait parler de l'Afrique du Sud, du Brésil, etc.). Des gens avec des teintes de couleurs différentes s'y sont côtoyés sur des générations : est-ce que le racisme a décru ? Pour « arrêter » le racisme, aux États-Unis il a « juste » fallu l'activisme énergique des Quakers ou d'un James Brown, la guerre de sécession, Rosa Parks et les divers mouvements pour les droits civiques, etc... (je vais très vite bien entendu, et je ne cite pas toutes les grandes figures ou événements importants, le but c'est juste de rappeler que ce n'est pas le fait de voir des gens jugés différents tous les jours qui a progressivement permis de parvenir à une certaine égalité de traitement, mais que ça a été une très (très) longue -et assez sanglante- lutte, qui a pris différentes formes, pour y parvenir... ).

Objection possible ici : Ça, c'était avant, maintenant la proximité avec des gens jugés différents fait vraiment baisser le racisme (et donc, pour cette raison, le tourisme y contribue). Réponse : actuellement, aux États-Unis, il y a toujours des gens de différentes couleurs, la population est relativement riche et donc a l'opportunité de faire du tourisme, et pourtant... je ne te fais pas l'injure de te parler de l'actualité récente en termes de racisme.

Bref, l'hypothèse selon laquelle voir des « autres » ( par ex. en faisant du tourisme) rendrait moins racistes, me semble fantaisiste.

(Je m'arrête ici une seconde sur le fond de ton hypothèse : les États-Unis constitue un exemple qui montre bien que ce n'est pas la proximité avec celleux qu'on juge comme « autres » qui fait baisser le racisme. En revanche, pour ma part, je crois que la véritable rencontre le peut. Je veux dire ce n'est pas la même chose : on peut côtoyer ses voisins ou ses collègues de travail, leur dire « bonjour » tous les jours, parler de la pluie et du beau temps, féliciter Mme pour ses jolis bijoux, s'enquérir de l'âge du fiston, sans jamais les rencontrer. C'est aussi ce qui se passe dans le tourisme à mon sens : on côtoie beaucoup, on ne rencontre pas (pour des raisons de temps -on passe trop vite-, de langues -on se comprend mal-, de mésinterprétations liées aux différences culturelles - souvent, on ne se rend même pas compte qu'on ne comprend rien eux enjeux de ce qui se passe sous nos yeux -, etc.). Disons le clairement, on a déjà du mal à rencontrer nos voisin·e·s (qui nous semblent semblables culturellement), alors la probabilité pour qu'on rencontre vraiment quelqu'un d'éloigner de nous de ce point de vue est très faible. Je ne dis pas nulle, je dis juste statistiquement rare. C'est pourquoi je disqualifie l'hypothèse selon laquelle le tourisme constituerait un acteur notable de la baisse du racisme.

D'un point de vue plus désabusé, je dirais qu'il est même possible (en raison de la vieille loi psychologique qui fait qu'on ne trouve/voit dans une situation que ce qu'on croit pouvoir y trouver/voir), que le tourisme puisse participer à entretenir les préjugés. Je suis ici au regret de me souvenir que j'ai entendu des gens revenir de leurs voyages (backpacker inclus, c'est pas une question de type de voyage) avec des généralités du type : « les Indien·ne·s sont fainéant·e·s », « les Polonais·es sont timides », etc. (comme si tout un « peuple » pouvait avoir le même trait ... bonjour la rencontre !), idée à présent renforcée chez elleux, par la certitude de l'avoir expérimenté par elleux-mêmes sur place avec des autochtones... (Autant dire que pour leur faire changer d'avis, là 🙄 )


3. Comment peut-on laisser les gens qui vivent du tourisme dans l'embarras ?

Je reviens pas sur les arguments de Merlin. Je suis profondément d'accord : ce ne sont pas des gamins.

Bien sûr qu'on peut accompagner la transition. Mais, justement, si on veut faire quelque chose en ce sens, ce n'est pas continuer à faire du tourisme, c'est-à-dire entretenir la dépendance de certain·e·s à l'égard de l'argent des touristes, qui va aider. Ça c'est juste reculer pour mieux sauter (et en attendant, la planète paye les pots cassés). Je ne crois pas qu'il y ait tant d'être humains incapables de changer de métier, le jour où le leur ne leur apparaît plus rentable. Bref, si on veut vraiment faire quelque chose, mieux vaudrait leur proposer des ressources pour changer maintenant de gagne-pain, l'autonomie leur sera plus utile que nos dépenses en hôtellerie, surtout vu la catastrophe qui vient.

Et ma remarque sur le fait qu'avec 8°C de plus, il y a beaucoup d'endroits dans le monde où on ne pourra plus cultiver (i.e. je parle de famines), visait aussi à dire que ça leur fera une belle jambe aux gens que 15% des emplois ait été sauvegardés 10 ans de plus, si la conséquence de ça (entre autres), c'est que 80% de la population n'a durablement plus rien à manger au final.

Après, Edo, il me semble qu'on est d'accord sur le fait qu'on veut que les populations puissent s'en sortir. Là où on ne se rencontre pas, c'est sur le moyen. Tu penses que le tourisme est un levier capital. A mes yeux, l'argent serait beaucoup plus utile si on se faisait moins plaisir avec et qu'il servait plutôt directement à la mise en place d'initiatives fabricatrices d'autonomie. Parce qu'il retarde de telles initiatives, voire dans une certaine mesure les empêche, le tourisme est à mes yeux nuisibles aux personnes mêmes qu'il prétend aider.

Je ne partage donc pas grand-chose dans la suite de ta phrase : le tourisme comme « moteur principal d'une transition économique » (d'une transition vers plus de dépendance économique donc, c'est vraiment un objectif ?). Je crois qu'il pourrait y avoir d'autres moteurs, plus efficients (on pourrait commencer par exemple plutôt que de promouvoir le tourisme par promouvoir l'achat à un juste prix de toutes les matières premières, ainsi que des produits manufacturés qui en sont le produit (afin que ça se répercute sur les salaires et conditions de travail) et parce que l'argent ne fait pas tout, à échanger davantage de techniques ou de semences... )

Sur la suite : « c'est-à-dire de l'émergence d'une classe moyenne, d'une augmentation de l'éducation... et sans éducation, point de salut : pas d'enfants conscients des problèmes écologiques, pas de filles éduquées pour freiner la croissance démographique, pas assez d'élites locales pour développer leur propre pays. ».
Évidemment, je suis d'accord avec toi sur l'importance de l'éducation :)
Juste, pourquoi ce sont seulement les « filles » qu'il faut éduquer pour freiner la démographie ? ^^

Là où je te rejoins, c'est qu'on ne peut pas revenir en arrière. On ne peut pas changer ce qui a été fait (et, si notre espèce s'en sort, je crains que ses membres payent longtemps pour les pots cassés par la connerie de leurs aïeux/aïeules - nous quoi ^^).
Par contre, on peut inventer un demain en refusant pas mal de choses d'aujourd'hui.

Bref, pour revenir au voyage, il me semble qu'on est pourrait être d'accord sur le principe « Ne plus voyager [aussi souvent], [mais faire, éventuellement] des voyages [...] plus longs, en veillant à l'équité de ce voyage : voilà une équation qui me parait plus raisonnable. ».
Ça me paraît raisonnable aussi, si ce que tu mets derrière « équité » inclus la considération d'un écosystème où les mêmes chances que celles dont nous avons bénéficiées seront offertes aux générations futures... Du coup, en vrai, ça risque de réduire drastiquement la fréquence des voyages, les moyens et, disons-le, les possibilités tout court ^^ . Bon d'accord, on n'est pas vraiment d'accord en fait :D

En tout cas, c'était intéressant d'échanger avec toi sur tout ça.
Merci :)


PS : les notes * et ** sont tout en bas du message

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@Aurel,

J'apprécie vraiment la façon dont tu essaies de penser un possible qui soit généralisable. Parce que c'est tout l'enjeu et je suis bien d'accord : si on est une minorité à ne pas prendre l'avion, ça ne va pas changer la face du monde.

Par contre je t'avoue que je n'ai pas bien saisis la différence profonde entre tes deux propositions : enfin je vois que l'une est fondée sur la promesse d'une « récompense » qui peut pousser à un acte « vert » en vue de cette récompense, et l'autre sur un « devoir » qui donne le « droit » une fois effectué et si on le souhaite à cette « récompense ». Je vois bien qu'au niveau de l'intention du sujet ce n'est pas pareil. Par contre, très concrètement, dans les pratiques (comportements), je n'ai pas l'impression que ça va faire une grosse différence. Mais peut-être que je me plante ?

Attend si, je crois que je vois quand ça peut faire une différence pratique : ça change les comportements si ta deuxième proposition fonctionne comme un genre de soupape de cocotte minute. Autrement dit, si c'est vraiment insupportable de ne pas avoir de « récompense », si on se sent trop « privé », allez, on peut le prendre cet avion... est-ce ton idée ? Et, du coup, tu paries sur le fait qu'une immense majorité va choisir d'elle-même de s'en passer ? Se contenter de la satisfaction du devoir accomplis. Et que peu de gens vont « craquer »... non ?

citation :
« la notion de modération, la notion de responsabilité, de devoirs personnels accompagnant des droits que l'on s'accorde (éventuellement), me semble peut-être plus "entendable" et à même de déboucher rapidement sur des évolutions concrètes, sur des cycles plus vertueux, sans que cela puisse être considéré comme des formes de "privation" (surtout dans notre société...) ?»


J'aimerais bien que tu aies raison. Mais je crains que les seules notions de « devoir » et de« responsabilité » ne soient pas suffisamment puissantes pour permettre de faire un tel virage aussi rapidement qu'il le faudrait (ni assez durablement). Je ne suis pas sûre que ton voisin lâchera si facilement son rêve de Bora-Bora... ^^

Alors, évidemment, ça ne veut pas dire que je trouve que ces notions sont sans importance. C'est juste qu'à mes yeux, c'est compliqué de miser uniquement sur la « responsabilité » avec quelques soupapes. De ce que je comprends des humain·e·s ça a peu de chances de marcher. Il faut qu'iels aient le sentiment que ce qu'iels ont à vivre est (ou sera) meilleur d'une façon ou d'une autre que ce qu'iels vivaient avant. Disons, par exemple, que descendre durant une semaine en canoë la rivière de son département avec des potes doit pouvoir être perçu comme au moins aussi cool que partir à Bora-Bora.

Mais ça implique quand même quelque part de faire le deuil de Bora-Bora (et plus généralement de ce genre de futurs là). Peut-être que la question à se poser, c'est ça : comment on accompagne un deuil ? (Et on ressort Kübler-Ross du placard ^^). Et même, plus précisément, comment on accompagne un deuil volontaire (puisque la personne a les moyens de renoncer à ce deuil) ?

Pour moi, dire ça, ça implique une longue éducation (le mot n'est pas très bon, mais j'en vois pas d'autre, disons à défaut de mieux que c'est à prendre en un sens approchant celui entendu dans "éducation populaire"), une longue « éducation » donc, à "l'écologie", au rapport à soi, à la communication, etc. et, surtout, un travail de sevrage complexe vis-à-vis de modèles sociaux qu'on nous propose (et dans lesquels voyager (prendre l'avion pour Bora-Bora par exemple), c'est fun et ça ressemble à l'image du bonheur et de la réussite.)

Et bien sûr là, on ne parle que de l'avion (parce que c'est un exemple emblématique), mais on peut élargir à tous les voyages, et au-delà, il faudrait aussi parler de nourriture, de moyens de communication, de modes de vie, de besoins en énergie,...

citation :
« Comme une manière de gagner sur toute la ligne, en ne se privant pas beaucoup, mais en "payant réellement son dû" ? »


Moi, je ne vois pas comment il n'y aurait pas de renoncement, ni de deuil. Après, on se sent « privé » si on croit que c'est important d'avoir ce qu'on ne possède pas. A l'inverse, on peut ne pas avoir certaines choses et pourtant ne pas s'en sentir privées : c'est là-dessus qu'il faut bosser. C'est à ce genre d'éducation qu'il faut penser. Je crois qu'on peut renoncer à Bora-Bora sans se sentir privé.

Évidemment, du point de vue de l'écosystème planétaire, pour payer notre « dû » comme tu dis, compte tenu de notre nombre, il faudrait que nous ayons le mode de vie d'un Indien (d'Inde) pas très bien loti. Bref, pour ça, ce n'est pas seulement à Bora-Bora qu'il faudra renoncer. Et ça, je crains que ça ne puisse se faire ni « rapidement », ni sans le sentiment de « se priver beaucoup » pour pas mal de gens...
Je veux dire, si nous avions deux ou trois générations devant nous, oui, je croirais que la transition psychologique pourrait être relativement douce, qu'on pourrait faire un deuil relativement aisé de pas mal de nos désirs. Parce que justement on aurait le temps de s'éduquer les un·e·s les autres autour de ça (de nous-mêmes, de notre désir, de notre intégration dans la nature...). Mais on n'a pas ce temps là.
Je sais que les mentalités changent et qu'elles changent vite ("merci les jeunes" comme dirait ma mère ^^) ! Mais je crains que ce ne soit toutefois pas assez vite pour que cette transition intérieure là puisse se faire en douceur.

Après, je suis résolument optimiste (ne pas taper, je sais, nous autres optimistes constituons des cibles faciles), donc je crois que même prise de court, comme ça, elle se fera cette mutation des consciences. Certes, du coup, ça n'ira pas sans chocs, accrocs, colères, etc. mais aussi il me semble avec quelques belles surprises (finalement le canoë c'est pas pire ^^). Bref, qu'elle se fera.
Ca va être intéressant... et je crois qu'en y mettant du nôtre, en l'accompagnant, ça se passera pas si mal, compte tenu des circonstances (... ah oui, parce que ma croyance, c'est aussi qu'au fond si on arrêtait « juste » d'empêcher systématiquement la résilience de la nature, ça aiderait un brin^^).

Bon, vu que c'est quand même pas super bien engagé***, là, je te rejoins complètement Aurel, ça veut dire essayer d'accompagner ça pratiquement et humainement (en faisant son deuil à soi déjà de pas mal de désirs, et en affrontant sa peur - enfin moi, ça me fait peur de devoir envisager la fin de notre espèce ; et en reprenant ce « travail », cette éducation collective/mutuelle, avec les autres, parce qu'à mon sens on fait pas grand-chose de bien seul·e, et en plus parce que, comme tu l'as dit, de toute façon le faire seul·e n'apporterait pas grand-chose à la planète... hé, oui, c'est la personne qui vient de pondre cet interminable monologue qui le dit ^^)

Bref, voilà, j'ai un peu essayé de répondre à ta question Aurel (« comment éviter au mieux de l'aggraver, tous ensemble, là, dès maintenant et dans la pratique, y compris avec ce voisin qui n'est pas du tout prêt à abandonner son "rêve" d'aller à Bora-Bora ? »). J'ai pas de réponse définitive, évidement, je cherche aussi. Peut-être un ou deux petits cailloux à apporter (et pas forcément gais - oui, je pagaie et je rame, bref je galère quoi ^^). En attendant ceux des autres. Anyways, pour moi tu es pas du tout hors sujet avec ton post, tu es même au coeur « palpitant » de celui-ci.

Sur ce, bonne soirée les gens !

Prenez soin de vous.


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* Je ne m'appesantis pas sur l'autre article parce qu'ils posent quelques soucis. Mais si tu y tiens, on pourra en reparler.

** Concernant les articles que tu cites à ce sujet, Edo :

a) https://anneessabbatiques.com/2017/12/10/voyage-enrayer-racisme/ fonctionne sur la base d'un échantillon de 450 personnes qui ont accepté de répondre à un questionnaire dans le cadre de la campagne « Réagis au racisme » (pas hyper représentatif quoi)... En plus, on leur demandait d'évaluer leur propre ouverture d'esprit à l'issue d'un voyage. Je vois mal quelqu'un répondre « moi, je suis revenu avec plus de préjugés que j'étais parti·e » (ce qui en plus impliquerait qu'iel ait conscience de ces croyances en tant que préjugés, ce qui semble un peu contradictoire). Bonjour la scientificité en effet.

b) Concernant http://www.axellemag.be/quand-tourisme-rime-avec-racisme/ je l'ai trouvé plutôt intéressant cet article mais je n'ai pas compris pourquoi tu l'avais cité. Il ne parle pas de ton argument. Et en plus, s'il fallait vraiment le tirer par là, il va plutôt contre « Des militant·es antiracistes dénoncent la vision coloniale qui persiste au coeur du tourisme et des voyages. Je pense par exemple au compte Instagram « Décolonial Voyage » ou encore au collectif belge Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations, qui organise notamment des visites guidées « décoloniales » des grandes villes belges... » : sous-entendu, la vision coloniale est tellement prégnante dans un certain type de tourisme, tellement banale aussi, qu'on est obligé de créer des circuits estampillés non racistes (qui sont donc on le comprend bien l'exception) 😶 .


*** Au passage, je voudrais pas jouer les Cassandre, mais par contre je crois qu'on n'en est plus vraiment aux « prémisses ». La catastrophe, on a un bon pied dedans... Plus de 50 % de la population animale a disparu depuis quarante ans. 42 % des espèces d'invertébrés terrestres et 25 % de celles d'invertébrés marins sont aujourd'hui menacées d'extinction. Et en à peine plus de deux siècles 571 espèces de plantes se sont éteintes : c'est 500 fois le taux naturel d'extinction et... ça s'accélère : on table sur la perte d'un huitième des espèces végétales en 2050.

Dariale 27 août 2020 à 02:39

Edit : "John Brown", évidemment, pas James.
(Moralité, il faut jamais se relire après coup... ça rend triste ;)

Edole 27 août 2020 à 09:48

Avant de vous répondre (si je le fais), je vais devoir digérer tout ça. C'est le problème de discuter avec des gens capables de réfléchir : ils sont capables de te faire réfléchir.

Néanmoins, juste une chose sur "l'éducation des filles", @Daria : c'est un fait social clairement établi sur plusieurs enquêtes de longue date. L'éducation des filles suffit à faire diminuer la croissance démographique (impact profond et pérenne sur l'âge au mariage, la santé de la famille, le nombre d'enfants et l'éducation de ceux-ci, l'économie de la famille, etc), même si elles ne poursuivent pas dans des études supérieures (si elles le font, évidemment, c'est encore plus efficace).
C'est d'ailleurs la raison du financement de plusieurs campagnes internationales (UNESCO, entre autres), car ça permet de faire chuter l'indice de fécondité (et la mortalité infantile). Évidemment, on peut coupler avec d'autres moyens, mais éduquer les filles c'est agir de façon plus durable.
Par exemple, les filles qui ont suivi au moins quatre ans d'études en Afrique ont, plus tard, un nombre d'enfants 30% inférieur (Feachem et Jamison, 1991 ; Bledsoe et Cohen, 1993).

https://www.cairn.info/revue-mondes-en-developpement-2008-2-page-83.htm
http://www.unesco.org/new/fr/unesco/events/prizes-and-celebrations/celebrations/international-days/international-womens-day-2014/women-ed-facts-and-figure/

Cela ne veut pas dire que l'on n'éduque pas les garçons... simplement, le monde étant généralement plus inégal envers les filles que les garçons, ceux-ci sont moins souvent privés d'éducation. Et non, l'éducation des garçons n'a pas un tel impact sur la démographie.

Dariale 29 août 2020 à 01:56

Bonsoir @Edo,

Déjà merci d'avoir répondu : c'est chouette de savoir qu'on a été lu·e et qu'on écrit pour quelqu'un :).

Et merci pour le compliment.

Évidemment, pour le contenu, tu réponds si tu veux. Des fois, il faut du temps pour savoir ce qu'on a envie de penser. Et je trouve ça super fort d'être capable de le dire.
(Moi qui ai souvent besoin de temps pour réfléchir quand je suis face à un problème - oui, j'ai dû prendre l'option escargot quelque part^^ -, j'ai cependant du mal à différer mes réponses parce que je suis en difficulté pour formuler ce besoin aux autres. Du coup, ça m'a fait du bien en te lisant de voir que ça arrivait parfois à d'autres également, et qu'en fait ça pouvait se dire assez simplement... Bref, merci pour ça aussi :).)

Pour l'éducation des filles, j'entends bien tes arguments.
Je suis d'accord : il faut permettre à toutes d'accéder à l'éducation.
(C'est vraiment pas le plus important à mes yeux, mais le fait est que ça a aussi pour conséquence de limiter la démographie, comme tu le montres bien).
Merci pour ta réponse détaillée.

J'ajoute juste que les enfants ça se fait à deux. C'est pourquoi, je crois aussi que si l'éducation des garçons n'a pas de réel impact sur la démographie, c'est qu'il y a (également) un souci dans le contenu de cette éducation là...

Bonne soirée à toi !

Dariale 01 septembre 2020 à 10:15

Hello,

Ce qui suit est un aparté sur un point de ce fil plus général.

Pour celles et ceux que la question "aviation / climat" (un peu débattue ici) intéresse, le rapport du GIEC sur l'aviation est là : https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/2018/03/av-fr-1.pdf
Et l'étude de BL evolution* "Climat, pouvons-nous (encore) prendre l'avion ?", peut être obtenue ici : https://www.bl-evolution.com/publication/climat-pouvons-nous-encore-prendre-lavion/

Je terminerai en disant que le 3 octobre, ANV-cop21 (anv = action non violente) et Alternatiba organisent une journée "Marchons sur les aéroports". Si c'est votre "trip" ( 😇 ), voyez avec le groupe le plus proche de chez vous ;).

Bonne journée !

(* C'est une boîte d'audit qui fait des bilans carbone auprès des sociétés.)

PS : je n'ai pas retrouvé la source indiquant un coefficient 3 dû au forçage radiatif attribué par Wikipédia au GIEC (cf citation d'un de mes précédents posts). A défaut, je m'en tiens donc pour ma part à un coefficient 2.

Merlinle 04 septembre 2020 à 17:47

Allez, puisqu'il y a ce fil, autant l'actualiser avec les dernières recherches :

Une étude internationale parue hier soir vient d'évaluer l'impact de l'aviation sur le changement climatique : l'avion représente 3,5% de l'impact climatique de l'humanité, et les 2/3 de cette contribution ne sont PAS du CO2 (condensation et NOX).

Le résumé (en anglais) : https://cicero.oslo.no/en/posts/news/aviation-contributes-35-to-the-human-made-drivers-of-climate-change-a-new-study-shows

L'étude complète parue dans la revue Atmospheric Environment : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1352231020305689


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